Sexualité des couples pendant la grossesse

lundi 28 avril 2014
par  webmestre1
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Docteur Antoine BALAGAYRIE
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La sexualité des couples pendant la grossesse

En consultation les couples expriment leurs sentiments immédiats ou réfléchis de joie, de bonheur, de peur, de haine, de crainte et aussi pour la plupart, ils nous font approcher leur conception de l’amour.
Passer de deux personnalités bien distinctes à la notion de couple est un travail d’approche qui se fait à visage découvert.
Passer de la notion de couple à celle de parents nécessite un investissement psychologique devant l’enfant réel et fantasmé.
Moment béni s’il en est, la grossesse implique de la part de la femme une intégration physique et psychique de l’enfant qu’elle porte. Cette intégration se fait généralement de façon heureuse, mais elle peut parfois se révéler déstructurante.
La plénitude sexuelle qu’elle est en droit d’espérer se heurte trop souvent à un certain nombre d’obstacles mythiques, ou créés par les médecins.
L’atavisme familial ou social, les tabous de la grossesse ne doivent plus entraver l’épanouissement sexuel des hommes et des femmes pendant les neuf mois où ils attendent un bébé.
C’est le moment où le couple est tenu de conforter une sexualité auparavant réussie ou de régler des problèmes préexistants, afin d’éviter les drames que sont les frigidités d’après l’accouchement et les maladies conjugales.
Il nous faut aider les femmes à vivre leur grossesse et leur sexualité, aider les hommes à vivre leur statut de père et d’amant.

Trimestres : une fausse notion

Chaque couple a sa propre spécificité, mais, dans l’ensemble, il existe un fil conducteur en ce qui concerne la sexualité de la grossesse qui passe par quatre phases :

  • de la conception à deux mois et demi (douzième semaine) ;
  • de deux mois et demi jusqu’au début du huitième mois (trente-deuxième semaine) ;
  • le huitième mois de grossesse qui a une spécificité particulière, débordant parfois sur la première semaine du neuvième mois ;
  • le neuvième mois en attente du bébé à naître.

DE LA CONCEPTION À DEUX MOIS ET DEMI

C’est le moment d’une profonde adaptation à des changements physiques et psychiques.
La femme sent qu’elle est en train de démarrer une aventure fabuleuse qui va l’amener à réaliser ce pourquoi elle est programmée : la grossesse.
Greffe merveilleuse, nichée au plus profond de son ventre, la grossesse détermine des problèmes de nature sexuelle. Ces problèmes sont liés d’une part à la physiologie, d’autre part à l’imaginaire qui entoure l’enfant, tel qu’il est vécu par la femme, par le mari et par le couple en tant qu’entité.
Au cours de ces douze premières semaines, il y a dans l’ensemble une réduction des rapports sexuels d’environ 20 %, du fait essentiellement d’une diminution du désir.
La maternité est un voyage de retour vers sa propre enfance avec nécessité d’un repli sur soi. Les femmes éprouvent alors un besoin de protection qu’elles chercheront auprès du conjoint mais aussi auprès de leurs parents.
Les changements de « caractère » si fréquents à cette époque, et qui peuvent paraître paradoxaux, ne sont que la manifestation d’un besoin d’amour.
Ce recentrage altère la libido des femmes enceintes et fait qu’elles sont bien souvent en période de moindre séduction active. Dans l’ensemble, c’est la période de la grossesse où les différences entre désir et satisfaction s’amenuisent. Il faut noter, et tel est le miracle de la grossesse, que le désir sexuel s’améliore chez les femmes pour lesquelles il était auparavant absent.

DE LA DOUZIÈME À LA TRENTE-DEUXIÈME SEMAINE

C’est pour l’immense majorité des couples un moment béni, car c’est le moment du recentrage sur la notion de couple.
La femme a intégré sa « différence » par rapport à son état antérieur et le mari commence à appréhender, devant la rotondité du ventre, la réalité de sa paternité future.
C’est là que la plupart des couples redeviennent une entité et non plus la cohabitation de deux êtres humains. C’est aussi la période où les couples vivent et intègrent le mieux leur sexualité.

Renaissance du désir, un des faits marquants de cette étape

Débarrassée de la fatigue du début de grossesse, la femme se met à aimer son corps. Élément majeur déclenchant du désir, cet amour pour son propre corps a ceci de merveilleux qu’il existe, renouvelé à chaque grossesse.
Les transformations du corps s’accélèrent et déterminent un attachement à cette anatomie en potentialité de rondeurs.
C’est la longue plage de joie et de tranquillité. La crainte de la fausse couche s’est évanouie, le spectre d’une éventuelle prématurité n’est pas encore présent, l’enfant bouge et rassure, sans encore déranger, la prise de poids n’est pas trop invalidante, le médecin est souvent content du bon déroulement de la grossesse, le ventre qui « pointe » sous la robe ne laisse jamais indifférent l’œil de « l’autre », qu’il s’agisse du mari, des parents et des compagnons de travail et le mari se transforme lentement en père tout en gardant ses prérogatives d’amant.
Tout cela renforce la sécurité affective qui est un élément fondamental du désir féminin. Le fait de se sentir plus proche l’un de l’autre initie une réassurance et fait que, jusqu’au huitième mois de grossesse, les rapports sexuels sont enrichissants, créant ainsi une euphorie dans le couple.
C’est aussi le moment où le désir renaît du dialogue et c’est pour presque tous les couples, et, quel que soit le déroulement de la grossesse, une invitation à se parler car, consciemment ou inconsciemment, mari et femme se retranchent de la société.
Non, ce n’est pas un éloignement réel mais plutôt la nécessité qu’éprouvent deux êtres humains qui ont désiré un enfant ensemble, d’entrer dans une bulle de protection, un cocon désormais familial.

HUITIÈME MOIS

Ce huitième mois, débordant parfois sur la première semaine du neuvième mois (de trente-deux à trente-sept semaines) a une spécificité particulière du fait de ses répercussions sur l’inconscient des femmes.

Tournant dans la vie sexuelle des couples

Quand rien ne s’oppose à la continuation d’une sexualité, on constate chez la plupart des couples la persistance d’un très haut niveau de désir quand il a pu s’exprimer depuis le début de la grossesse. L’embellie des sept premiers mois se prolonge et se traduit par une belle complicité dans le couple, s’articulant au niveau du langage et des gestes d’affectivité.
Il est à noter d’ailleurs que le huitième mois est celui où le nombre des rapports se stabilise ou décroît progressivement chez presque tous les couples.
Il est cependant rare que cet espacement des rapports soit linéaire.
Le huitième mois est souvent paradoxal et si l’on peut chiffrer à 20 % environ la diminution de la fréquence sexuelle en regard du septième mois, il faut noter que cette baisse n’est pas régulière.
Les couples au huitième mois ont une sexualité à l’emporte-pièce avec des périodes de frénésie amoureuse, surtout quand la femme recherche la détente postorgasmique tant désirée, et des phases de calme plat que le couple met à profit pour se recentrer sur l’enfant à venir (préparer les affaires pour le jour de l’accouchement, choisir les prénoms, compléter la layette). Ces moments-là ne sont pas vécus comme négatifs, mais comme des haltes salutaires physiquement et psychiquement.
C’est l’époque aussi des réajustements sexuels, avec la découverte d’une autre sexualité, du fait des changements de positions inhérents à la présence d’un ventre fort encombrant. Le rire est alors une merveilleuse thérapie quand les corps tâtonnent pour s’harmoniser.
Paradoxalement, au huitième mois, certains hommes abandonnent toute demande de rapports sexuels actifs, progressivement ou de façon plus brutale.
Nombreuses sont les femmes qui s’en plaignent et qui pressentent ainsi le danger que sera la reprise des rapports.
Cet arrêt de l’homme relève de deux mécanismes :

  • la peur de « faire mal au fœtus » en particulier quand la femme déclare que la tête est basse ;
  • la baisse de leur libido souvent mal exprimée, mais généralement en rapport avec les modifications réelles de l’image du corps de leur femme ; gros ventre, jambes épaisses, visage bouffi en cas de prise de poids importante, vergetures…

NEUVIÈME MOIS

C’est le mois des interrogations à la fois existentielles et sexuelles. C’est le mois des bouleversements profonds, car tout dans la grossesse s’accélère, et le temps n’a absolument plus la même valeur. C’est le mois de l’attente car tout est prêt pour que bébé arrive, mais quand viendra-t-il ? Les choses de la vie, y compris les rapports, se font avec une densité et un vécu fort différents.
C’est le mois où les clivages qui risquent d’apparaître chez les couples, soudés ou non, de façon insidieuse ou au contraire paradoxalement brutale, vont déterminer bien souvent dès la première grossesse, l’organisation définitive du mari et de la femme.
Bien souvent la sexualité reprend un trajet linéaire avec des rapports certes plus espacés, mais plus réguliers, où la répétitivité des coïts tend à disparaître complètement au profit d’un rapport unique.
La sexualité s’exprime au neuvième mois sur un mode plus doux du fait de la difficulté pour la femme à se mouvoir ou à maintenir les positions auparavant utilisées. C’est alors qu’elle doit accepter, même si cela n’a jamais été le cas, les rapports où son partenaire se situe obligatoirement derrière. Il n’est pas facile pour certaines femmes qui n’on jamais eu de tels rapports, soit avant, soit pendant la grossesse, de faire brusquement la transition et d’être ainsi amenées à ne plus « contrôler » l’homme. La présence d’un « non-espace affectif et sexuel » devant elles, peut les perturber et les désorienter au niveau d’une intimité totalement modifiée par la position arrière du rapport et la présence du fœtus dans un ventre imposant, mais non érotisé.

Conclusion

Il est important que les couples accèdent enfin à une sexualité pendant la grossesse fondée non point sur une recherche effrénée du plaisir, mais sur une quête conjointe d’un équilibre. Certes, ce n’est pas toujours évident, mais si l’on y parvient, la sexualité en deviendra alors un pilier des plus solides.
L’amour de l’autre, l’amour du futur bébé, l’amour et le respect de soi dans une alternative de couple, non plus vécue comme astreignante, peuvent alors s’exprimer au grand jour et réaliser le rêve de fusion totale de deux êtres afin d’en former un troisième, l’enfant.

Assurer la pérennité de l’espèce humaine est l’une des motivations fondamentales des femmes et des hommes sur terre, mais en plus cela est possible sans que les couples ou les personnalités de chacun n’explosent, cela est à coup sûr du ressort d’une bonne sexualité pendant la grossesse vécue dans l’harmonie et l’épanouissement.

La grossesse née de l’amour est faite pour faire vivre l’amour.



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