La poésie

vendredi 24 janvier 2014
par  webmestre1
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2. La poésie

La poésie mauricienne, fondée sur des questions et des réponses, offre une bonne illustration de la demande. Elle perpétue un moyen pour l’enfant d’accéder au je, par les jeux de langage commun. Elle est cet art qui enseigne aux enfants l’histoire de la communauté développe leur imaginaire leur connaissance du monde et d’eux-mêmes.
Comme nous le livre Le CLEZIO dans son ouvrage, il y a des milliers d’années, la nuit, autour d’un feu, dans une caverne, hommes, femmes enfants s’exercent à cet art des devinettes qui les fait rêver, qui chasse toutes les peurs et créé tous les mystères.
Beaucoup de peuples ont cultivé cet art des questions et des réponses. Pour eux, cela se mêlait à l’imaginaire sacré des mythes, aux récits fabuleux de la première histoire. Tous les peuples ont leurs devinettes. Mais il y a un peuple qui a su pousser cet art jusqu’à la perfection, jusqu’à la poésie même : c’est le peuple mauricien. En venant de la grande terre de Madagascar, d’Afrique, sur les bateaux négriers, les esclaves ont apporté avec eux le goût de l’étrange, le pouvoir de l’imaginaire. Leur sens de l’humour, leur malice, leur tendresse aussi – ces armes contre le malheur – ils les ont mis dans un genre qui est propre à l’île de France, et qu’ils appellent sirandanes.

Qu’est-ce que les sirandanes ? Ce sont des devinettes qui portent sur la vie quotidienne à l’Ile Maurice. Elles suivent un ordre presque rituel, et que chacun connaît, mais que tout le monde est toujours prêt à entendre.
Sont-elles vraiment des devinettes ? Elles sont plutôt des mots clés, qui permettent à la mémoire de s’ouvrir, et de révéler le trésor caché.
Ces « demoiselles » qui se tiennent la tête en bas au bord du chemin, ou cet animal qui porte un habit mais n’a pas de culotte, dans lesquels tous els enfants de Maurice auront reconnu les bananiers et le cancrelat, ne proposent pas vraiment d’énigme.
Mais en révélant leur nature étrange, drolatique, la sirandane les réinvente. La surprise si chère au cœur de Daniel Marcelli, a lieu, comme dans le mondo de la philosophie zen japonaise, et la vie, avec l’esprit peut jaillir.
La vie : un regard neuf sur le monde, sur les êtres et les choses. L’univers des sirandanes est un lieu sans frontière, où nul n’est séparé. Les végétaux, les animaux, les hommes et éléments sont encore très proches les uns des autres, comme au premier moment de la création. Ici, dans cet univers primordial, les plantes ont la gale, les rivières marchent, le feu et l’eau sont semblables à des animaux, et l’homme peut être tour a tour pierre, arbre ou poisson. L’arbre qui tombe et devient pirogue est un « mort qui porte le vivant ». La fontaine est une demoiselle, n’est-elle pas une fée chez les Celtes ? Et le ciel un jardin immense semé de « grains ».
On voudrait parler d’animisme, c’est la leçon des sirandanes, cet art de la parole si léger et si grave. Il y a un message étrange qui est venu de la grande terre, du cœur de l’Afrique ancestrale, et qui a gardé la vérité profonde des religions et des mythologies premières, qui a conservé cette connivence entre les hommes et leur monde, ce lien qui unit les premiers chasseurs et les premiers collecteurs à la savane et à la forêt.
On sent ici la force des éléments, le ciel, les orages, les vents, la puissance de la vie dans tous ses dessins, dans tous ses gestes, car c’est elle qui cache un visage d’enfant sous la barbe de vieillard de la noix de coco, c’est elle qui donne son pouvoir au piment si petit, et son privilège à la « grand maman araignée » qui seule peur franchir le pont qu’elle a fait.
Cet univers n’est pas puéril, il est simplement attentif, sans cesse réinventé par la surprise.
« Ki ser mo papa napa mo matant ? » dit la sirandane. Qui est sœur de mon père et n’est pas ma tante ? Et la réponse est étrange et inquiétante : « disan » : le sang.
Il y a ici sous l’apparence rassurante d’un jeu, une sagesse ancienne, nourrie par les racines d’un peuple tout entier, qui apporte avec elle le mystère du plus vieux des continents.
Les sirandanes jouent un rôle important dans l’éducation des enfants de l’île Maurice, leur enseignant à mieux connaître les êtres et le monde, à mieux se connaître aussi, à garder son optimisme même dans les temps amers de la misère et de l’esclavage.
Et pour retrouver tout cela, il suffit de prononcer n’importe où dans l’île les premiers mots par lesquels commence toute la magie :

« Sirandanes ?

  • Sampek ! »

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