Un grand crème avec du lait froid

samedi 3 octobre 2015
par  webmestre1
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Un grand crème avec du lait froid

Antoine BALAGAYRIE

Pour mes enfants

C’est içi toute l’histoire de mon parcours dans le sensible chaleureux des relations humaines dans la tradition orale vieille de 180 000 ans.
Les conseils, les mots, les petites phrases de celles et ceux qui ont pu me guider dans l’énigmatique et fragile chemin de Sagesse qu’est la vie. Bien sûr chaque chemin est unique, singulier mais mon souhait est d’une part de vous faire gagner du Temps, car il y a en matière de pensée des invariants, d’autre part de faire le point sur ma vie et de partager avec vous mon expérience. De Sophie DUPUY à Daniel ROCHE se sont écoulés 24 ans, que je vais essayer de vous raconter.

Je suis en dialogue avec une histoire très ancienne.

Il faut faire ses erreurs pour éprouver sa vie.

Avec ton intelligence pas avec ta force.

Quand j’étais petit, mon père m’amenait le dimanche dans sa Renault 16 bleue à la Clinique où il travaillait. C’étaient les années 70, la liberté. Il n’y avait pas d’ordinateurs, pas de codes barres. On s’arrêtait à Lormont au bistrot et il commandait invariablement un grand crème avec du lait froid.
J’ai donc commencé la Médecine très tôt avec les infirmières et les patients du cinquième étage de la clinique Jean VILLAR.
Mon père était quelqu’un de positif, il allait de l’avant, boulimique de travail au service des patients. Toute une vie professionnelle au service des autres. Il a été mon premier « maître » bien sûr je l’ai toujours connu, lui a eu une vie avant ma naissance. L’enfance dans le massif central à Saint Eloi les Mines, l’adolescence dans le Bordeaux des années 50. Sa mort a été un choc pour moi, d’abord le diagnostic –métastases pulmonaires – l’angoisse puis l’agonie à l’hôpital Saint André.
Quand nous avions un problème il me disait :

« Avec ton intelligence pas avec ta force ».

Etre et avoir

Un jour, je suis allé voir ma prof de Français car je ne comprenais pas un passage du livre de Simone de Beauvoir datant des années 60 « Les belles images » : « Dans le même jardin tout à fait différent exactement pareil, le même sourire se pose… ». Elle, Hélène SALSON me fait remarquer que je porte une chemise Lacoste, une marque, marque de mon immersion dans la société de consommation, comme ces maisons toutes décorées de la même façon dans ce livre. J’avais 15 ans et j’ai compris.
Depuis la fin de la dernière guerre, les Américains avec le plan Marshall sous couvert de nous aider, ont importé entre autre en Europe les supermarchés, cheval de Troie de la nouvelle société, créant des désirs et des besoins qui n’existaient pas, imposant le matérialisme comme seule voie, privilégiant l’Avoir sur l’Etre.

Penser par soi-même

Sophie DUPUY ma prof de philo un an plus tard enfonçait le clou en nous demandant : « Peut-on penser par soi-même ? ».
C’est tout d’abord mettre l’activité de son esprit au service de la réflexion, pour juger avec discernement une situation, un sujet donnés.
Réveil de la conscience, bousculant le confort de l’immanence. Car plus on a conscience et plus on a de connaissances plus on a d’affliction d’esprit.
Mais l’introspection, la libération de l’immanence, la liberté sont susceptibles de nous faire progresser et de nous élever. Le « maître » guide mais ce chemin vers la conscience nous le faisons seuls, dans la transcendance. Cette relation verticale, ce dialogue intérieur entre soi et sa conscience fait que l’on peut confronter les idées les unes aux autres par un retour sur soi-même.
Cette faculté est offerte à tous. Si l’on ne la cultive pas, l’on stagne dans la béatitude de l’ignorance.
Certes au début du questionnement il y a un malaise fait de doute, mais l’enjeu c’est notre humanité, la faculté de penser.

« Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine »
Michel E. MONTAIGNE

Le travail véritable

Mon grand père, Louis, mourrait en 1994. C’était mon protecteur, mon bienfaiteur. Habile dans le commerce modeste dans sa vie c’est à lui que l’on doit la venue à Bordeaux. Il a connu toutes les guerres du XX siècle m’en a enseigné l’histoire et un dégoût profond pour toute forme de violence, la colère est le plaisir des imbéciles… La haine et la violence sont l’apanage des cœurs faibles. En bon lotois, il collectionnait les pendules si bien que de midi moins le quart à midi et quart il sonnait midi. L’arbre généalogique en main il me contait l’origine de la famille, des Maures venus du Sud comme disait la cousine Jeanne, de Jean de Camy le vieux berger de Varaire. La légende veut qu’ils achetèrent un moulin et un champ près de Mechmont où un autre Jean était instituteur et écrivain. C’était le frère d’Archippe, le père de mon grand père… Les habitants du village ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée de ces étrangers à la peau mate et aux yeux noirs. Pendant un an ils refusèrent de moudre leur grain chez eux. Mais comme ils avaient un champ ils pouvaient moudre leur propre grain, et passée cette période les paysans du coin les acceptèrent.
Avant ce n’est que conjecture. L’arbre commence en1610 avec un Antoine qui fonde la famille en 2è noce. Sommes-nous de Balaguer en Catalogne, Balagueri signifiant l’habitant de Balaguer ? Nos ancêtres sont-ils des Juifs Marannes fuyant l’Espagne ultra-catholique ?
Quoi qu’il en soit, ils sont mobiles, adaptables, tenaces et rusés.

Et pour mon grand père un seul crédo : Labor improbus ommia vincit.
Le travail véritable vainc toutes choses.

De quoi avez vous peur ?

Mon arrivée à Poitiers fut subie. J’avais le choix entre Nantes Poitiers ou Limoges. C’est à Camy chez les cousins que j’ai pris ma décision. Je sortais des deux années de concours, mon amie était partie avec mon meilleur ami. Je me retrouvais seul dans une ville inconnue et austère. Jacques CHAUMERON a su m’apprivoiser, supporter mes reproductions des conflits intérieurs sur lui, me guider. Les consultations ont duré 17 ans, toutes les semaines, puis sur le divan tous les jeudis à 15 heures j’ai parlé reconstituant peu à peu mon histoire inaudible, complexe, il m’a fait sortir de l’immersion, et fait prendre de la distance, distance qui créé du lien. Papa maman j’ai fais le tour.
De quoi avez-vous peur me disait-il, pourquoi dès qu’il y a une difficulté il n’y a plus personne ? Marc BOURGEOIS le père d’Eugénie que vous connaissez bien m’a aidé lui aussi avec quelques phrases sporadiques m’invitant à ne pas pleurer sur le lait versé, à ne pas reculer. En effet on a le droit de ne pas choisir dans la vie, de faire une pause, mais pas de revenir en arrière. C’est là que j’ai rencontré votre mère, que nous nous sommes aimés que nous avons eu trois enfants qui entre l’impatience de leur père et l’exigence de leur mère sont devenus tous trois précoces à leur manière. On doit honorer ses parents mais on n’est pas obligés de les aimer car on ne les choisit pas. Vous êtes la meilleure chose que j’ai fais de ma vie.

Daniel HOFFNUNG, un autre médecin m’a appris la responsabilité : ne faire qu’une seule chose à la fois, se concentrer sur sa tâche.
Jacques ATTALI m’a enseigné les valeurs ancestrales des nomades, la courtoisie et la mémoire, la nécessité de la moralité, la grande importance de voyager léger de n’avoir de richesses que transportables (or diamants violons…) les valeurs aussi sont transportables : des livres, un dieu de poche, des clés USB. Pour découvrir il faut vagabonder relier des domaines entre eux et innover.
Pour durer il faut mélanger permanence et changement, vivre en groupe rester aux aguets transmettre l’héritage culturel, ne tolérer ni arrogance ni immoralité. Accepter les lois tout en respectant les siennes, être tolérant et ouvert aux idées des autres, créer de nouvelles richesses.
Jacqueline BARBANCEY elle m’a initié au Béréchit, premier mot de la Torah, la bible des Juifs, qui veut dire série de recommencements, chance, renouvellement, secret de la vie et confiance dans la créativité.

Désobéir c’est refuser de comprendre.

En arrivant à Bordeaux, il y a 5 ans, j’étais en slip.
J’ai rencontré Olivier CABAN qui m’a présenté Séverine DESREUMAUX.
Ma vie a alors pris un coup d’accélérateur et je me suis mis à redémarrer dans le travail rue Porte Dijeaux pratiquant la Médecine et la Sexologie, dans ma vie privée, à travers mes lectures et l’écriture de cinq livres : Texto, Textonic, Pacotilles, Strike et Textil. J’ai rencontré des amis précieux, Matthieu DELAYGUE qui m’a appris une chose évidente : le passé n’existe pas, Ernest KERPEN dont l’écoute est sans faille qui ne juge pas et ne prend jamais parti, Daniel ROCHE qui ressemble à Charlie CHAPLIN m’a enseigné l’art d’organiser son bonheur, de prendre du temps pour soi et ses enfants de refuser ce que nous vendent les banquiers et la publicité à savoir la vie à crédit, l’envie, mais plutôt d’avoir une vie modeste mais à mon rythme.
Parmi tous ceux la, il est un personnage attachant et plein d’humour, roublard et de bon conseil qui m’enchante autour d’un café ou d’un bon repas : Monsieur Maurice OBADIA. Linguiste distingué il relit mes textes pour les tempérer et me renvoyer des remarques judicieuses sur ma vie, par exemple en constatant que j’emploie bien souvent l’impératif et qu’une cure de conditionnel me serait profitable. Avec esprit il me met sur la voie et sa façon d’être m’enseigne la liberté. De plus il connaît bien les femmes et est mon conseiller spécial.
On s’amuse bien les jeux de mots fusent et le temps glisse de rendez vous en rendez vous, parenthèses de bonheur dans les semaines de travail. Avec lui je découvre les secrets de la peinture contemporaine de manière ludique et sensible. Il m’envoie en mission dans des expositions, on en parle on en fait quelque chose et je butine de salles des ventes en vernissages ce qui se fait de mieux à Bordeaux et ses alentours. Je sais pourquoi je l’aime, il est à la fois un peu mon père et mon grand père, ma prof de français et celle de philo, un analyste sauvage et bienveillant et mon meilleur pote de cour de récréation.
Et vous, vous êtes les enfants du Nouvel Age.

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