La chemise de Latude ou le journal d’un fou

samedi 3 octobre 2015
par  webmestre1
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Je ne mettrai le feu à rien
Je ne sortirai plus aux fêtes
J’oublierai qu’il y a des têtes
Et j’aboierai avec les chiens

MICHEL CALONNE

La chemise de Latude où je me targue d’être vivant

Textes sur Guy celui qui fuit
Jacqueline qui garde la flamme
Jusqu’au bord du précipice
Sur le soir quand nous rentrions de l’école
L’hiver à la nuit tombante
L’atmosphère si particulière de la maison abandonnée tout le jour
Le père pas encore rentré
La mère cuisinant dans les bruits de cocotte minute
Et la douce lumière blonde
Qui innondait alors le salon

Autour : les bois

Les bois

Où je marchais seul déjà en quête
De ce qu’il y avait là-bas
De l’autre côté
Un jour je saurai qu’il y a la ville
La Silva Mayor est morte depuis long temps
Les bois sous la pluie le temps oublié

A errer ainsi tout seul dans les bois
On perd la conscience du temps
Ou plutôt on s’y perd à loisir

Glissades au seizième siècle
Sans que nul ne s’en aperçoive

Mon chien ne me contre dit pas

Et puis Torredembara
Les Catalans vont à la plage vers onze heures
Envahissent le paysage
Alors que nous dormons encore
L’église du village sonne
Les trois quarts de la onzième heure
Jordi m’enseigne la sagesse de cette langue
Dont les carillons ne mesurent que le temps parcouru

La chance qui est la nôtre d’être à la cime du foret du temps
Diamants aux mille facettes
Etincelles du brasier
Unique lien entre les morts et les « à naître »
Partie du volcan encore en fusion
lave
qui justement en se refroidissant

fera peu à peu des concrétions de ses pierres précieuses

Cette nuit j’ai rêvé de toi

Il y avait cette fille aussi qui te suis toujours
Si bien que nous formions un triangle isocèle
Elle finissait ton yaourth en me nargant
Mesquine jalouse et séductrice à la fois

Toi

Tu me faisais un sourire
Plein d’indulgence

Au gré du monde
Vagabonde
Petite girl de bande dessinée
Sautille dans mes rêves délavés

Humide eux aussi
La quenouille la tapisserie
Reprise chaque jour

Défaite chaque nuit

Valse de retour de changement d’avis ?

Et ses doigts sont si fins qu’aucun anneau ne peut y demeurer
Et son cœur est si loin et son cœur est si près

Ma quenouille
Mon compagnon de route
Ces pages écrites devant moi
Mon histoire où vas-tu ?

Qu’a-tu écris sur ta chemise ?

Je me suis allongé anéanti
Sur les sols des églises

Pour tenter d’échapper à ton empire

Chasse nature

Le jaune sort-il de l’œuf sans casser sa coquille ?

Je l’ai rencontré il y a plusieurs années Barcelone.
Assis sur mon sac devant le 36 Santa Monica j’attendais
Qu’il revienne ne sachant où aller.

C’est alors que je l’ai vu approcher à l’angle de la rue Escudellers
Grand avec sa barbe noire, mi lassé mi énervé me disant :
« Non allô stop c’est fini terminé, vous pouvez partir. »
« C’est Juan-Marco qui m’envoie, lui dis-je,
Je ne viens pas pour Allo-stop ! »

José Monge, lui, venait de mourir dans un hôpital de la capitale
Catalane. Au moment même où la TV régionale l’annonçait on pouvait voir par les fenêtres des milliers de fidèles se presser
Dans les rues, au son des guitares et des trompettes le cœur en fièvre le corps en fête, hommes femmes enfants toute condition
Célébrant, comme je ne l’ai vu faire nulle part ailleurs et pour
Quiconque avec une ferveur païenne et spontanée, le départ prématuré de leur idole, fils prodigue sans espoir de retour :
El Camaron de la Isla.

Fatigué par le voyage et bien d’autres choses encore.
Je suis monté au principal qu’il occupait alors,
Un grand appartement un peu vieillot dans les tons vert olive
Donnant sur l’hôtel Cosmos, dans la petite cuisine qui ouvrait sur
La cour, il a fait du café.

On a pelé des patates en discutant devant un verre de moscatel,
Puis elles ont rissolé dans la graisse de canard.

Nous étions originaires de la même ville, et les nouvelles qu je
Lui en apportais semblaient ranimer en lui quelque vie lointaine
Oubliée.

Au café de la Opéra c’était un mélange de touristes à la peau
Claire, d’habitués du quartier et d’américains de passage.
Une dame Allemande dont j’ai oublié le nom y faisait des
Portraits.

« Moi je reste dit Ramon, inneffable ingénieur de l’inutile, je garde la maison soyez tranquilles. Je n’ai pas envie de partir, si tout le monde s’en allait comme ça sur les chemins il n’y aurait plus personne pour vous accueillir ! »

Depuis le Licéu a brûlé avec tous ces fantômes…

Dans la nuit nous allions dîner au Portalon,
Dorades fières et congres en liesse !

Chaque fois que vous deviez le quitter pour longtemps ou qu’il devait lui-même partir il disait invariablement
« A tout à l’heure… ».

Son temps n’est pas le même, car il a tout le temps.
Il fuit l’adversité comme mon grand-père la Mort, qui tentait de lui échapper en se cachant au fond de sa cave.
Mais sa traque ne connaît pas de limite et même la fuite du calamar, l’oligo, l’encre que l’on jette contre l’oubli est bien vaine.
Alors, si vous le croisez un jour par hasard sur une île grecque en Italie ou ailleurs, saluez le pour moi.

u es l’estuaire borgne
Où viennent se jeter
Les uns après les uns
Les insensés
Ils vont à toi
S’essuyant de leur vanité
Et toi tu tends ta joue et ton cul
A leur misère sans fond
Toi tu accueilles instinctive
Leur faiblesse
Maternelle
Tu guides leur pauvreté
Vers tes méandres stériles

Cul de sac du désir
Impasse sans amour

Et ils repartent sans rien dire
Ceux-là même qui t’ont prise sans vœux

Ceux qui ont cru jouir de te posséder

Dix commandements
Neuf filles du diable
Sept pêchés capitaux
Six ordres de la pensée

Et le vide

Je pense à vous Jacqueline ce soir

Vous qui m’aviez reçu si cordialement
Alors que j’avais tant besoin d’amitié

Dans cette demeure près de Saint-Emilion
Nous nous promenâmes dans le jardin japonais
Que votre mari avait construit

Espiègle et drôle aussi
Votre esprit toujours en éveil
Gaie toujours vous me parliez droit au cœur
Jeune vous êtes restée
Le secret d’Alexandrie peut-être ?

Je pense à vous ce soir

Jacqueline
Toujours si près des étoiles

Témoins les livres
Témoins les Hommes
Témoins les âmes

Comme le plâtre qui se craquèle
Indique le jeu d’un bâtiment

Ainsi le bois travaille
Selon l’humidité ou la chaleur

Ainsi nous jouons tous

Témoins de notre propre existence

Les Hommes comme une pyramide
Entassés les uns sur les autres

Un tableau de Bruegel d’Enfer

Et même le plus élevé d’entre eux
En est aussi éloigné que le dernier

Encore y faudrait il un peu de silence que nous connûmes jadis
Pour pouvoir conter à nouveau cette histoire
Qui comparait l’âme des violons aux piliers d’autres temples

Et il faudrait retrouver le fil
Que l’on perd quand on croît le tenir

Le soleil a-t-il jamais hésité ?
Au bord de l’eau
C’est la mer qui le borde
Et déborde encore et encore de son souffle incessant

Les vagues roulent sur la grève

Et le sable s’éclaire

Le moment au bord de l’action
L’aube du mouvement
Avant que ne frémisse quelque part l’idée d’une décision

Pourquoi les oiseaux chantent-ils au petit jour ?
La Garonne étale ne songe pas encore à descendre

Le fleuve vivant retient son souffle

Suspendu

En s’enfonçant à dix mètres sous terre
Il parait qu’on peut voir les étoiles en plein jour

Je te regarde de loin très loin
Et m’imagine tel un corps noir
Avide de tes rayons

Lumineux

Comme dans les vieux romans de Ledesma
L’essentiel finalement
Ce n’est ni l’intrigue ni le dénouement

Mais les chemins parcourus

Comme ce cher Latude
Qui écrivait sur sa chemise de son sang
J’écris sur ma peau

De toute mon âme
Me dérobant sans cesse à moi-même

La pensée enduite d’un mucus étrange
Se délie peu à peu et laisse affleurer le cœur

Le centre de nous même
Autour duquel nous tournons sans cesse en écrivant
L’approchant sans jamais l’atteindre

Joyeux veilleur d’ennui.



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