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samedi 25 janvier 2014
par  webmestre1
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Une « crise » économique est habituellement définie par un recul de la production, du commerce extérieur, de la consommation ou de l’investissement. En France, en éliminant l’artifice de la hausse des prix, le PIB a été multiplié par 4 au XIXe siècle, et par 12 au XXe siècle. Il a connu une croissance de 2 % en moyenne chaque année entre 1974 et 1994, ce qui correspond à un doublement des richesses produites en 30 ans. Durant la même période, le volume des exportations a augmenté de 106 % et celui des importations de 97 %. La consommation des ménages n’a cessé de progresser. Le taux d’équipement en automobile est passé de 62 % à 77 %, en machine à laver le linge de 66 % à 89 %, en téléphone de 21 % à 95 % (35). Plus récemment, entre 1990 et 1996, le produit intérieur brut (PIB) en valeur croît de 21 % (+7 % pour les volumes, + 13 % pour les prix) (36). Nous observons une augmentation régulière du PIB, donc des richesses avec un volume de travail qui se réduit, ce qui fait dire à Patrick VIVERET (37) « nous ne vivons donc pas une crise de production économique mais une crise de répartition sociale. Toutes les solutions fondées sur le couple, produire plus en répartissant moins, qui caractérisent les politiques de dérégulation, aggravent le mal au lieu de le soigner ». Il est pour le moins surprenant, lorsque l’on est confronté à l’accélération de la précarisation des familles, de lire sous la plume de Jean Claude TRICHET, Gouverneur de la Banque de France (38) « Nous aurons probablement cette année le troisième plus important excédent de la balance de paiements courants dans le monde, ce qui nous donne les plus bas taux d’intérêts de marché à moyen et long termes de l’Union Européenne et les troisièmes plus bas taux du monde ».
Ce que l’on a coutume d’appeler « la crise » ne correspond pas aux critères d’une crise économique, c’est une mutation de société. Urbanisation massive – réduction considérable des emplois peu qualifiés du secteur primaire, agriculture et industrie – augmentation de la productivité – diminution des emplois de type contrat à durée indéterminée (CDI) au profit des emplois à durée déterminée (CDD) pour atteindre une plus grande « flexibilité » - augmentation du chômage de type structurel, etc… Cette mutation s’accompagne d’une crise de la répartition sociale (sans réelle crise économique). Les conséquences portent sur l’ensemble des groupes sociaux, mais pour les plus fragiles, les plus vulnérables, les conséquences sont plus graves.

M. BERTHIER D. ORIOT
C H U de Poitiers
« Le syndrome de Saturne » Revue Esprit
(ou comment l’évolution dévore les familles)

  • « Au bout de mes nuits dans les rues, dans le frisson prolongé et vibrant du jour qui s’arrache au ciel écarquillé, dans les premiers bruits da la ville, les clochards et les pauvres de toujours qui se lèvent, font se dresser pour moi qui ai marché longtemps, longtemps et seul, cette brume chantante de tous les matins anciens qui charrient dans leur sang la verte tendresse de tous ces noms aimés qui, maintenant, n’appellent plus personne ».

Louis CALAFERTE
« Le partage des vivants »

  • Recueil d’écueils

Et

Autres récifs,

Joli cercueil

Sans autre motif

Qu’un bal

Pris sur le vif.

Antoine BALAGAYRIE
« Recueil d’écueil
&
autres récifs » 1996
(extraits)

  • Es-tu encore capable d’aimer

Toi, prisonnier de tes chimères inutiles factices ?

Je n’y crois guère,

Le cœur plus sec que la pierre

Tu vas les rues content de toi

Heure par heure la radio égrenne ses flashes insipides

En attendant le soleil, la terre

Renaît dans des couleurs intrépides.

  • Si les morts meurent dans tes rêves
    Un jour tu mourras dans les leurs
    Puisqu’il faut atteindre la grève
    Quand vient l’heure.

Pourquoi faut-il mourir dans tes rêves
S’échouer à travers les heures sans trêve ?

Abreuve toi d’elle, elle est brève
La vie est un leurre.

Vois la ville en pleurs
Les hommes sont si seuls ici
Les cactus sont en fleurs
Le désert est toujours le même lui.

  • L’araignée tisse sa toile
    L’insecte complice du prédateur
    Attend des lendemains meilleurs
    Mais ne fait rien pour son étoile

Quand la glace est mince il faut marcher vite

La nature évince ceux qui l’évitent,

La force stupide triomphe de la volonté

Le sens s’égare dans les voluptés.

D’un néant à l’autre l’apôtre t’apporte de fausses joies.

Terre promise terre due

Aux reliefs constants de folie,

Terre soumise terre perdue

Livrée aux hommes sans merci

  • Lumière morte à l’infini
    Renaît sur la rétine
    Sans un bruit traverse la Nuit
    De sa pâleur enfantine.

J’ai senti le froid, loin
Le vide immense entre les astres,

Tourne, tourne la terre
A l’endroit ou à l’envers
Oasis, nef des fous
Vaisseau fantôme
D’où je ne sortirai pas
Vivant.

  • Nuit et brouillard sur la ville endormie…

Mon désespoir

De cause

Sur les trottoirs

Toute chose

Traîne les pieds

De nez en derthal.

Ainsi va la vie

Fusible

Insurmontable

  • Et chaque fois que j’arrivais
    Il était temps de repartir.
    Lorsque la coupe vidée
    Ne se pouvait que remplir

La compliance in finie du calice
Par l’enthousiasme sans limite
De l’horizon qui recule
M’indiquait l’éternel chemin :

Le Graal c’est nous,

Remplis d’une humeur versatile
Chargés de nos vicissitudes,
Fragile liquide volatile
Sans o mon âme ubiquitaire

Je te perdrai sans amertume

T’ayant retrouvé dans la mer
Qui me cachait en ses entrailles
Avant de franchir l’estuaire
Irréversible de la vie

  • « La pensée, dans son sens non cognitif, non spécialisé, en tant que besoin naturel de la vie humaine, actualisation de la différence présente dans la consciousness, n’est pas la prérogative de certains mais une faculté présente chez tout le monde ; de plus, l’incapacité de penser n’est pas la « prérogative » de tous ceux qui manquent d’intelligence, elle est cette possibilité toujours présente qui guette chacun – les scientifiques, les érudits et autres spécialistes de l’équipée mentale – et empêche le rapport à soi-même, dont la possibilité et l’importance furent découvertes par Socrate. Il n’était pas question ici de la méchanceté, dont la religion et la littérature ont tenté de s’accommoder ; ce ne sont pas le péché et les grandes canailles, les héros négatifs de la littérature, agissant par envie et ressentiment, qui nous intéressent, mais c’est le mal, Monsieur-tout-le-monde, qui n’est pas méchant ni motivé, et qui, pour cette raison, est capable de mal infini – lui qui, contrairement au méchant, n’est jamais confronté au sinistre nocturne.
    Pour l’ego pensant et son expérience, la conscience qui « obstrue l’homme d’obstacles » est un effet accessoire. Elle demeure une question marginale pour la société en général, sauf dans le cas d’urgences. La pensée en elle-même n’apporte pas grand-chose à la société, bien moins que la soif de connaissance, qui l’utilise comme un instrument pour d’autres fins. Elle ne crée pas de valeur, elle ne trouvera pas une fois pour toutes ce qu’est « le bien » ; elle ne confirme pas mais dissout plutôt les règles de conduite acceptées. Sa signification morale et politique n’apparaît que dans les rares moments de l’histoire où « tout part en miettes, le centre ne peut plus être le soutien, la simple anarchie se répand dans le monde » ; quand « les meilleurs n’ont plus de conviction, tandis que les médiocres sont pleins d’une intensité passionnée ».
  • A ces moments cruciaux, la pensée cesse d’être une affaire marginale aux questions politiques. Quand tout le monde se laisse entraîner, sans réfléchir, par ce que les autres font et croient, ceux qui pensent se retrouvent à découvert, car leur refus de se joindre aux autres est patent et devient alors une sorte d’action. L’élément qui purge la pensée, le travail de sage-femme de Socatre, qui révèle les incidences des opinions reçues et par là les détruit (valeurs, doctrines, théories et même les convictions), est politique par ses implications. Car cette destruction a un effet libérateur sur une autre faculté humaine : la faculté de juger, que l’on peut appeler très justement la plus politique des aptitudes mentales de l’homme. C’est la faculté de juger des (cas) particuliers sans les subsumer sous des règles générales qui peut être enseignée et apprise, jusqu’à ce qu’ils deviennent des habitudes remplaçables par d’autres habitudes et d’autres règles.
    La faculté de juger les cas particuliers (découverte par Kant), l’aptitude à dire « c’est mal », « c’est beau », etc., n’est pas la même chose que la faculté de penser. La pensée a affaire à des invisibles, des représentations d’objets absents ; le jugement se préoccupe toujours de particuliers et d’objets proches. Mais les deux sont reliés de la même façon que la consciousness, et donc fait de la conscience son sous-produit, alors le jugement, le sous-produit de l’effet libérateur de la pensée, réalise la pensée, la rend manifeste au monde des apparences où je ne suis jamais seul et toujours trop occupé pour pouvoir penser. La manifestation du vent de la pensée n’est pas la connaissance ; c’est l’aptitude à discerner le bien du mal, le beau du laid. Et ceci peut bien prévenir des catastrophes, tout au moins pour moi-même, dans les rares moments où les cartes sont sur table ».
    Hannah ARENDT
    Considérations Morales
    Ed Rivages Poche. 1996
  • « Si Khalil écoute cette voix qui monte dans la nuit. C’est la voix du peuple qui s’éveille et qui va bientôt l’étrangler. Chaque minute qui passe le sépare de son ancienne vie. L’avenir est plein de cris, l’avenir est plein de révoltes. Comment endiguer ce fleuve débordant qui va submerger les villes ? Si Khalil imagine la maison effondrée sous la poussière des décombres. Il voit les vivants apparaître parmi les morts. Car ils ne seront pas tous morts. Il faudra compter avec eux, lorsqu’ils se lèveront avec leurs visages sanglants et leurs yeux de vengeance ».
    Albert COSSERY
    « La maison de la mort certaine ».

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