Ménopause et médecines alternatives

mardi 28 février 2017
par  webmestre1
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Médecine alternatives
par
Anne FOURNIES
Interne en Médecine

 I Récit

C’est au mois de janvier 2016, lors de mon stage en cabinet de médecine générale dans la ville de Bordeaux, que je fais la connaissance de Mme D. Cette pimpante quinquagénaire se plaint depuis plusieurs semaines de bouffées de chaleur, la gênant au quotidien notamment sur son lieu de travail. Elle dit avoir toutefois avoir ressenti une amélioration des symptômes suite à la séance précédente, et je remarque, peu familière avec ce type de prescription, la présence de remèdes homéopathiques sur son ordonnance habituelle.
Les épisodes d’inconfort avec sueurs et sensation de palpitations intempestives se sont en effet espacés depuis la dernière consultation. Lors de la séance, mon maître de stage « pique » la patiente sur les bras et les chevilles en plusieurs points précis. Elle repartira de la consultation environ 30 mn plus tard avec un renouvellement de son ordonnance.

 II Argumentaire

Je n’ai pu m’empêcher d’être surprise de l’efficacité rapportée par la patiente suite cette prise en charge non « traditionnelle », d’autant que mon manque de connaissances en médecines alternatives ne me permettait pas d’en comprendre la raison. J’ai donc tenté de réaliser une recherche documentaire sur les fondements et l’efficacité clinique rapportée lors d’essais quant à l’utilisation de l’acupuncture et de l’homéopathie pour soulager ces maux, fréquemment rencontrés en consultation de médecine générale.

1. Traitement médical de la ménopause

D’après les recommandations 2014 de la HAS, un traitement hormonal par œstradiol est préconisé pour soulager des symptômes climatériques, prévenir de l’ostéoporose et du risque cardiovasculaire induit par la ménopause, et ce en association avec des traitements symptomatiques et des règles hygiéno-diététiques.
Un test thérapeutique à la progestérone peut être réalisé si l’on veut mettre en place un traitement hormonal de la ménopause (THM) avant la période de douze mois d’aménorrhée. La pratique de dosages biologiques (classiquement FSH, œstradiol) n’est pas habituellement nécessaire pour affirmer l’installation de la ménopause. Les autres examens biologiques nécessaires en préthérapeutique sont une triglycéridémie, une cholestérolémie et une glycémie.
La durée maximale de traitement est de 5 ans. Les contre-indications sont la présence d’un cancer du sein connu ou suspecté, ou autres tumeurs dont le développement dépend de la quantité d’estrogènes (par exemple le cancer de l’utérus) ; des antécédents ou maladies thrombo-emboliques veineuses ou artérielles en cours, une hémorragie génitale d’origine inconnue, une maladie du foie, ou une allergie à l’un des composants du THM. 
Il existe un consensus des autorités de santé et de toutes les sociétés savantes sur l’emploi de la dose minimale efficace. En pratique, une posologie quotidienne d’estradiol de 1 mg par voie orale, 0,75 mg en gel ou 0,025 mg en patch supprime les bouffées de chaleur de 4 femmes sur 5, tout en préservant leur capital osseux. Pour ajuster la posologie estrogénique, on se fonde essentiellement sur la clinique : signes de surdosage (mastodynie, sensation de « gonflement », œdèmes, anxiété, nervosité, irritabilité) et signes de sous-dosage (bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, asthénie, tendance dépressive). Elle peut être associée à un progestatif pour limiter l’hyperplasie de l’endomètre (séparément ou dans la même galénique).
La surveillance est encadrée par la réalisation d’une mammographie tous les deux ans ainsi qu’un frottis cervicovaginal tous les trois ans. La mesure de la densité minérale osseuse est remboursée dans certaines conditions. Le THM ne doit pas être prescrit ou renouvelé de façon systématique, et il n’est pas recommandé chez les femmes qui n’ont pas de symptômes. Mais ses bénéfices potentiels en termes de qualité de vie, de prévention de l’ostéoporose, voire de prévention primaire du risque cardiovasculaire lorsqu’il est débuté dans les premières années de la ménopause ne doivent pas être passés sous silence.
Chez la femme ménopausée entre 50 et 60 ans, sans fracture et présentant des troubles climatériques, le THM peut être indiqué en prévention de la perte osseuse post-ménopausique quand l’ostéodensitométrie témoigne d’une ostéopénie ou d’une ostéoporose. Le THM reste le moyen le plus simple, le plus efficace et aussi le moins coûteux de prévenir l’ostéoporose chez la femme ménopausée à risque osseux, en particulier dans les années qui suivent la ménopause.

2. Exemple d’un essai évaluant l’efficacité de l’acupuncture sur les symptômes climatériques
Les bouffées de chaleur se définissent par la survenue soudaine et fugace d’une sensation de chaleur à la partie supérieure du corps, accompagnée de rougeur de palpitations et de transpiration. Elles traduisent un excès de Yang (représentant la chaleur) localisé à la partie supérieure du corps. Il peut être le résultat d’un excès local de Yang ou d’une insuffisance de Yin (le froid) soit d’une intrication des 2 mécanismes. Les méridiens dits « curieux » regroupent des points à proximité et pouvant présenter transitoirement un rôle d’absorption d’excès du Yin et du Yang.
Il peut en effet s’agir d’un défaut de communication entre les méridiens du Yang. Par ailleurs, les ovaires font partie avec les surrénales du foyer inférieur du Triple Réchauffeur stockant l’énergie ancestrale et générant l’énergie sexuelle. Cette énergie sexuelle de nature Yin baissant à la ménopause, entraine automatiquement un déséquilibre énergétique local en faveur du Yang.
Le choix des points tendent donc vers 3 objectifs et peuvent être utilisés simultanément : faire descendre le Yang du visage par des points dits de dispersion, faire remonter le Yin en tonifiant et sollicitant le point de Luo, stimuler les méridiens curieux, et agir sur le foyer inférieur du Triple Réchauffeur.
En juin 2016, un essai randomisé a été publié par une équipe de scientifiques américains dans la revue Menopause. Plus de 200 patientes entre 45 et 60 ans présentant au moins 4 épisodes de troubles vasomoteurs par jour ont été inclues dans l’essai : celles-ci recevaient 20 s éances d’acupuncture pendant les 6 premiers (groupe Acupuncture) ou derniers mois (groupe contrôle) de l’étude. Il visait à évaluer l’impact des séances sur la fréquence de ces épisodes, et également sur la qualité de vie des patientes, notamment du sommeil. L’étude a ainsi montré non seulement une diminution significative du nombre de crises chez les patientes mais également une amélioration de la qualité de vie dans le temps.

3. Homéopathie dans la ménopause : proposition de traitements
Une récente multianalyse anglaise a été effectuée en 2009 afin de déterminer le réel impact de l’homéopathie sur les symptômes de la ménopause et le type d’étude qui semblerait le plus adapté. Elle reconnaît un besoin pour une alternative sécurisée et cliniquement effective au traitement médical. Les bénéfices de l’homéopathie semblent peu clairs dans la plupart des études réalisées : certaines observationnelles montrent une association entre le traitement par un homéopathe et une amélioration de la symptomatologie bouffées de chaleur, l’asthénie, l’anxiété, dépression, et la qualité de vie des femmes ménopausées et les survivantes du cancer du sein. Que ces améliorations soient dues à la prise en charge globale ou au traitement homéopathique en lui-même reste incertain. En mettant de côté la question de savoir si l’homéopathie a un effet placebo ou s’il est induit par le contexte de la consultation, et en prenant en compte l’incertitude sur son efficacité pour le syndrôme climatérique, des essais pragmatiques pourraient aider les praticiens et les patients à choisir entre plusieurs options de soins. Ainsi, les auteures soutiennent que du point de vue du NHS, le gold standard du traitement homéopathique par un homéopathe devrait être étudié comme un ensemble inséparable de soins de santé, qui comprend la consultation, son entretien minutieux et subjectivant ainsi que la médecine homéopathique, et de comparer avec les soins habituels.
Il est possible de proposer après un interrogatoire homéopathique ciblé les exemples de traitement suivants :

  • FSH 9 CH (extrait de glande endocrine) : traitement de fond de la ménopause
  • Belladonna 9 CH (extrait de plante) : traitement de fond de la ménopause
  • Lachesis : (venin de serpent Lachesis Mutus ayant un effet coagulant). Il est souvent prescrit pour les patientes à la periménopause, et notamment en cas de maux latéralisés à gauche, ou tendance aux phénomènes hémorragiques. La posologie est de 5 ou 9 CH à raison de 5 granules tous les jours ou une dose toutes les semaines.
  • Sepia 30 CH (produite de sécretion de la seiche) : symptômes généraux de la ménopause
  • Pulsatilla 30 CH (Anémone des prés) : versatilité de l’humeur
  • Natrum Mur 30 CH (Chlorure de Socium) : sécheresse vaginale

 III Apprentissage et connaissances acquises

La rencontre avec Mme D, patiente récurrente de mon maître de stage m’a permis de prendre en considération le choix des médecines dites alternatives pour la prise en charge de maux courants et peu sévères, après un interrogatoire bien sûr rigoureux nécessitant une formation et l’éviction de toute cause organique grave. Elles permettent d’accompagner des patients pour qui un traitement médicamenteux traditionnel serait contre-indiqué ou peu intéressant quant au rapport bénéfice/risque.

IV Synthèse

L’efficacité du traitement par THS dans la symptômatologie péri ménopausique est indéniable ; Cependant elle ne peut être proposée à toutes les femmes du fait de ses contre-indications. L’utilisation de l’acupuncture et de manière plus globale la consultation homéopathique peuvent se révèler être une alternative intéressante pour ces patientes.

 V Bibliographie

• Site de la HAS, Communiqué de presse du 16 juillet 2014, Traitements hormonaux de la ménopause, http://www.has-sante.fr/portail/jcm..., vérifié le 1/03/17

• Dr M. Ammouche, La Ménopause, Egora, publication du 9 au 15 novembre 2015

• Nancy E. PhD ; Coeytaux, Remy R. MD, PhD ; Isom, Scott MS ; Prevette, Kristen BA ; Morgan, Timothy PhD, Acupuncture in Menopause (AIM) study : a pragmatic, randomized controlled trial, Menopause, June 2016, Volume 23, Issue 6, p626-637

• Thompson EA., Relton C., Designing clinical trials of homeopathy for menopausal symptoms : a review of the literature, Menopause Int., March 2009, Volume 15

• Dr Balagayrie Jean-Louis, Matière Médicale Homéopathique, année ?

• Site de l’Association Britannique d’Homéopathie, section Article, Symptômes ménopausiques, http://www.britishhomeopathic.org/b... vérifié 1/03/17

 VI Annexes

Illustration acupuncture

Autocritique : Il aurait été intéressant de mettre en évidence un essai comparant les effets de la prise du traitement médicamenteux par rapport à ceux des médecines alternatives.

  • Anne FOURNIES
  • Interne en Médecine


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