La résistance à Saint Eloy les Mines

par Michèle LAVÉDRINE
vendredi 24 juillet 2015
par  webmestre1
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SAINT ELOY LES MINES, petite ville minière (charbon) du bassin de COMMENTRY comptait à l’époque quelque 5000 habitants dont beaucoup de réfugiés polonais.

Elle est située à la limite des COMBRAILLES au Nord du département du Puy de Dôme, à 35 Km de MONTLUÇON et 65 Km de CLERMONT-FERRAND.

La région était profondément anti-vichyssoise,

Parce que anti-bourgeoise, la population était formée d’ouvriers ou de petits paysans, plus ou moins radicaux-socialistes, ou socialistes, très peu de communistes et sans doute quelques « élites » votant à droite, en catimini, je pense aux ingénieurs, des « Mines-nouvelles » notamment, P.S.F. : du parti social français de la ROCQUE, qui disparaîtra au début de la guerre : de la ROCQUE lui-même, sera déporté en ALLEMAGNE.

Après 1940, tout le monde se fait tout petit, tout d’abord, chacun pense ce qu’il veut, mais ne le dit pas ; tout le monde est « en attente », Nous sommes vaincus et occupés, même la zone dite libre, nous devons supporter.
L’hiver 1940 est dur : chacun s’organise : manger et s’habiller d’abord, c’est-à-dire : travailler pour pouvoir vivre, faire vivre sa famille, vieux et jeunes ; idem pour la famille BALAGAYRIE et la famille LAVÉDRINE.

Puis la résistance, sans majuscule, s’organise : extérieure, à LONDRES par FRENET puis De GAULLE, qui a beaucoup compris et mal vécu et subi des humiliations : la FRANCE était à conquérir par les américains qui avaient prévu, après leur victoire, d’y installer un gouvernement à la solde américaine. Ce sera le mérite de de Gaulle, politique, de déjouer ce plan anglo-américain, tout en acceptant les aides.
Les français ordinaires n’ont rien su de tout ça.

La Résistance s’organise :

Tous les « élevages » politiques s’y retrouvent, et s’y combattent.
Tout, le contraire, de ce qu’auraient voulu De GAULLE et Jean MOULIN.
Le plus clair ce sera : socialiste contre communistes manipulés.

Aussi, à SAINT-ELOY, (me voilà repartie dans mes vieux dadas démocrates-chrétiens) comme dans toute la France (je connais maintenant le LOT, la CORREZE et un peu TOULOUSE), des centres de résistance opposés vont se former. À SAINT-ELOY, ils vivaient où, je n’ai jamais voulu le savoir :

  • Principal groupe : le groupe de gauche modérée, du « Potard de Louis » (ayant oublié son nom, je suis obligée de l’appeler ainsi) (c’était Henry DURON), qui enleva les gendarmes, en 1944 ; la gendarmerie restant vide pendant quelques mois ... (sans que rien, aucun vol ou autre, ne se produise). Quand je vous dis que chacun retenait son souffle !
  • Un autre groupe, communiste,_avec à sa tête un garçon voisin, de mon âge, simple sinon simplet, au nord de SAINT-ELOY
  • Un groupe communiste, au sud, près de MONTJOIE, avec les frères VILLET à la tête.

Qu’ont fait ces 3 groupes à SAINT-ELOY même, à part quelques excentricités cruelles à eux-mêmes, je ne sais trop. Je ne veux pas extrapoler. Je connaissais l’existence d’un groupe dans les bois de La BOSSE, dans l’ALLIER, plus ceux de RIOM, modérés, dont ma cousine CLAUDE fille de MARGUERITE, sœur de tante LINOU et de ma mère CLEMENTINE et son mari PIERRE VIRLOGEUX étaient les chefs.

À CLERMONT, au moins le groupe dont faisait partie Monsieur MALFREYT, 2éme mari de ma tante Louise, veuve d’Etienne MONTJOTIN (guerre de 14-18), frère de LINOU, rejoindra le maquis du CANTAL, qui a réuni une bonne part de ceux de l’ALLIER et du PUY DE DOME et d’ailleurs, et fut décimé.

En tout cas, la région, dans les archives de VICHY, était classée rouge, c’est-à-dire anti (allemande et vichyssoise).

J’ai d’ailleurs la nette impression que les paysans, neutres et attentifs dans l’ensemble, ont été agissants et aidant beaucoup la résistance.

Coups « de chien » connus :

(peut-être pas dans l’ordre chronologique exact)
A SAINT-ELOY, une voiture de maquisards circulant sur la RN, rencontre une voiture d’allemands, prend peur, s’enfuit. Fusillade. Un jeune maquisard venant de l’Allier est tué. Inconscience totale des éloisiens : obsèques presque nationales. Naturellement les Allemands sont prévenus (par qui ? Peut-être un certain éloisien, marchand de vin) et viennent se manifester fortement au cimetière. Ils devaient avoir la consigne, faire peur, mais ne tuer personne, ce qu’ils réussirent. D’où venaient les Allemands ? (ou autrichiens, ou alsaciens ou OUZBEKS), sans doute de MONTLUÇON, ou RIOM, ou CLERMONT-FERRAND. Pas de troupes allemandes à SAINT-ELOY, où ils ne sont jamais arrêtés.

A MONTAIGUT Commando d’allemands chez le docteur André MICHEL (socialiste). Lui et sa femme s’en tirent, mais son beau-frère Henry JEUX est tué en voulant se sauver « par¬derrière » la maison. Instituteur, résistant, il laissait une femme et une fillette qui seront très aidées par la suite.

A MONTJOIE Devant l’école de filles ! Un jeudi où j’étais à SAINT ELOY 25 rue J JAURES. (Je n’ai rien vu ! Mais on m’a largement raconté !) Les Allemands s’installent là, avec mitrailleuse, visant non l’école, mais le café SANTARELLI tout proche, pour y cueillir Jean MOULIN, qui y avait passé la nuit, ayant contacté le maquis communiste de MONTJOIE. Prévenus, les maquisards ont fait partir Jean MOULIN par la vallée et le fameux petit pont de bois, grimpant sur la route en face. Cette fois-ci Jean MOULIN était sauvé, mais les Allemands, pour se dédommager, ont donné de la mitrailleuse qui a blessé au loin un curieux sur le pas de sa porte. Et ont emmené Monsieur SANTARELLI, un brave homme, corse, qui n’a pas parlé quoique martyrisé au point d’en mourir.

Dans les gorges de la SIOULE non loin de MENAT, (L’attaque du Pont de MENAT « réf. Gilles LEVY A nous Auvergne » ; la vérité sur la Résistance en Auvergne 1940 -1944 Editions Presses de la Cité 1981 ») ; dans ce bouquin, grand nombre de renseignements page 101.

Le 20 novembre 1943, dans une traction-avant pilotée par Louis ROSIER de CLERMONT FERRAND, PRINCE revient des confins de la CREUSE et regagne le PC des SALLES, sous un soleil magnifique. Après avoir franchi la vallée de la SIOULE au pont de MENAT, la voiture monte les lacets de POUZOL, puis aborde la ligne droite de SAINT PARDOUX, au moment où une voiture allemande immatriculé POL (abréviation de Polizei (police allemande) les croise à 60 km/h

Quelques mots échangés et le souvenir très récent des dernières arrestations incitent PRINCE et CHEMINANT (tous pseudos pendant la Résistance) à faire demi-tour et à prendre en chasse la voiture ennemie. Alors qu’il ne se trouve plus qu’à une trentaine de mètres de la voiture allemande, PRINCE vise la lunette arrière et tire : un commandant et un capitaine sont tués, CHEMINANT accélère et PRINCE à la portière presque bord à bord avec l’autre voiture tire.
Mais, le voisin du chauffeur allemand en fait autant, le dernier laboure d’une rafale le bras gauche de PRINCE. Suivi par la voiture allemande, CHEMINANT lance son véhicule dans la périlleuse descente.
Voici le pont de MENAT : PRINCE qui perd son sang en abondance décide : « Le portail à gauche... engouffre-toi là-dedans, c’est chez RAFFIN (le Georges RAPHANEL), chef du canton de MENAT ». Pare-brise percé, banquette inondée de sang, la voiture stoppe et madame RAPHANEL panse le blessé. Mais Georges, faisant le guet, rentre brusquement : « Les Allemands arrivent ici... filez derrière, vite ». PRINCE et CHEMINANT gagnent les genêts derrière la maison. Le rescapé allemand, accompagné du blessé, entre dans la pièce pour téléphoner. Mais comment s’échapper de la souricière que tendent les Allemands, avec l’aide des miliciens et GMR alertés, dont le PC s’installe chez RAPHANEL, alors que la traction avant abandonnée derrière la maison constitue la preuve formelle de sa complicité avec les terroristes ! J’ignore, mais de buisson en buisson, PRINCE et CHEMINANT gagnent la SIOULE, qu’ils franchissent en barque.
Un café ami les recueille et, après quelques instants, la marche épuisante reprend. PRINCE, allongé dans une carriole sous la paille, fait un dernier effort pour rejoindre le gazogène d’un ami sûr Jean VILLE-CHENON, chef de la Résistance dans le centre de l’Allier. Celui-ci, dont la femme Simone s’affaire jour et nuit pour sauver le blessé, va chercher à MONTLUÇON le docteur chirurgien CHAUMET. Ce dernier, par son dévouement et ses soins, permettra à PRINCE de rejoindre en compagnie de Georges SIMON (Titin, Jojo) le Corps Franc dès le début de 1944.
À 17 heures, le chef de bataillon OZIOL, commandant le détachement de liaison CLERMONT FER-RAND, rend compte de « l’agression » au cabinet du général BRIDOUX à VICHY. Il précise : « un capitaine allemand tué, un conseiller supérieur allemand tué, un chauffeur grièvement blessé. Stop. Envoi immédiat forces de police pour procéder à opération. Fin », La suite, je l’ignore.
Cet épisode annonce une évolution chez les résistants du maquis. Désormais, ils vont franchir le cap qui permet de doubler l’action clandestine pour arriver à l’action ouverte « C’est l’escalade de la violence » fin P. 102. (LEVY. À nous, Auvergne).

Le 14 juillet 1944
(Que je fasse un mea culpa, après 54 ans d’erreur ! Et quelle erreur !) J’ai raconté ces avions qui envahissaient le ciel de SAINT ELOY l’après midi, je crois, le jour du 14 juillet 1944. Et ce bruit que je n’oublierai jamais. Clémentine, ma mère, et moi regardions cela par la fenêtre de la cuisine, d’où l’on a une vue très étendue.
Nous pensions, horrifiées que c’étaient des Allemands faisant une démonstration, les commentaires allaient leur train ... On n’a vu d’ailleurs, tout gris, que les gros-porteurs, pas les avions de chasse, qui les accompagnaient, je sais maintenant. Youpi !
C’étaient des avions... américains !! qui venaient de faire d’énormes largages, en tout 96 forteresses volantes et 150 chasseurs « Mustang » sur tous les points possibles de FRANCE du sud : a LOUBRESSAC, par exemple, non loin de CHAUFFOUR, où était un très grand point d’atterrissage important sur le CAUSSE. De la relation que j’en avais déjà lue, je n’avais pas fait le rapprochement.
Quelle bête, j’ai été ! Il m’a fallu lire la même relation dans un coin du PUY DE DOME pour comprendre. Les alliés ont lâché des tas de containers, une fois de plus, mais bien visibles, contenant armes, munitions, armes lourdes, cigarettes, douceurs et... argent français, par millions (anciens) avec un drapeau tricolore à chaque container, flottant en l’air avant l’atterrissage, qui ont enthousiasmé les maquisards, mais aussi les paysans, venus avec tous leurs moyens de locomotion possibles, mêmes tombereaux avec vaches, afin de tout récupérer et emporter le plus vite possible et ranger dans granges, étables, ruines etc. Bien joué de la part des américains et des Anglais -ceux-ci souvent sur place déjà
Et l’avion que j’avais vu se détacher à ma grande frayeur, mon Dieu, où allait-il bombarder ? Rien du tout, il allait ravitailler le maquis des bois de la BOSSE, le maquis des COLETTES ! Entre parenthèses, ils avaient bien dû faire aussi leur étalage au-dessus de CLERMONT. Et les avions de la LUTWAFFE basés à AULNAT ?
Ils étaient, ou réduits en petite ferraille, ou sur le front russe. Comme quoi, à se croire malin, on n’est que bête, et ignorant. Personne, à SAINT ELOY ne m’a détrompée ! !!Je n’en oublierai pas moins jamais ce bruit grave, que je trouvais sinistre alors ; et ces gros avions gris.

Le milliard de la banque de France

Je me suis longtemps demandée, comment il pouvait y avoir autant d’argent français, pas faux pourtant, dans les largages des alliés : le 9/02/1944, le commissaire militaire ROUGIER et 9 personnes attaquent un wagon en gare de CLERMONT, contenant environ 17 milliards (AF) provenant de la fabrication de billets de CHAMALIERES ! Le butin, chargé dans une camionnette RENAULT, se monte exactement à 1 003008540 Frs !!
La police en retrouve 35 107 000 Frs, le reste va sans doute en Angleterre !
L’armée « terroriste » du centre
La R 6 dans LE PUY DE DOME ; la R 5 en CORREZE, etc. L’armée « terroriste » du centre est évaluée à 50 000 personnes.

Formations du territoire : protections, en zones résistantes :

à MONTAIGUT : zone 13. Commandant PROUST (Lavenue) avec 2 compagnies.
MONTLUÇON : compagnie VILLECHENON. La R 6 évalue le maquis ALLIER PUY DE DOME à 3 500 hommes.
Dans le PUY DE DOME : PONGIBAUD 400 ;SAUXILLANGES 250 ;AMBERT 600 ;THIERS 150 ; GRAT 100 ;LAPEYROUSE 150 ; SAINT GERVAIS, SAINTE CHRISTINE 300 ; RIOM, AIGUEPERSE 300. Dans l’ALLIER : LIVRAIS 150 ; EYGURANDE 150 ; BESSON 150 ; VALLON 150 ; CERILLY 150 ; DENEUILLE 150 ; CHAZENAIS 300.

Conclusions :

  • 1) Vichy L’hôtel du Parc ; les allemands « enlèvent » Pétain le 20 août 1944.
  • 2) La place du « R 6 » a été importante au sein d’une Résistance française, au sujet de laquelle le général EISENHOWER reconnaissait qu’elle avait représenté l’efficacité de 15 divisions !

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