La vie quotidienne à Saint Eloy

par Michèle LAVÉDRINE
vendredi 24 juillet 2015
par  webmestre1
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de Clémentine LAVEDRINE, sa fille Michelle, sa petite-fille Simone.

Nous étions en grand deuil, papa était décédé en octobre 1939 et Paul de CASSAGNAC en janvier 1940. Et notre Simone familiale était née entre les deux décès. Nous avions en tout loisir d’acheter des vêtements noirs, des bas de soie noirs, etc, et un chapeau pour moi du moins, avec un voile léger qui faisait écharpe.
J’avais inauguré, aidée par maman, en refusant le voile de crêpe gaufré, que l’on devait porter trois mois. Maman le portait. Elle avait un carton plein des voiles adéquats que l’on ressortait à chaque deuil, ce qui était fréquent dans sa génération à grande famille.
FITENE et ANY n’en portaient pas à PARIS, mais étaient « en noir » et ANY prit le même voile que moi pour le décès du père de Jean MIALLE. J’avais une robe de lainage rose ample, assez jolie et avec maman nous avons décidé de la teindre : catastrophe, elle rétrécit et il fallut la border de partout de velours noir. Ce fut mon seul essai et je garde intacts les autres vêtements. Bien m’en pris, car ainsi j’ai eu de quoi m’habiller pendant la guerre, alors qu’on ne trouvait plus de tissus depuis longtemps. On dit : A quelque chose, malheur est bon, c’en fut l’illustration.
Mais Simone bébé ou très petite fille, n’appréciait pas du tout le noir et savait apprécier les couleurs tendres que portait la petite bonne HELENE, je m’en souviens parfaitement et par la suite, j’ai été entièrement d’accord avec une inspectrice générale connue, peut-être, Me MONTESSE, tellement que j’en ai oublié le nom, qui reprochait à une institutrice de l’école maternelle ses habits sombres (alors qu’elle-même était en grand deuil).
La guerre, ce n’est pas du tout : « Mon Dieu que la guerre est jolie ! » et pourtant dans l’ensemble.
Le premier hiver, je me souviens que nous mangions des pommes de terre à la graisse de bœuf ! Bof, il y a meilleur ! Et maman et moi avons réagi.
Il s’agissait de manger et de faire manger SIMONE, tout mon argent, mon traitement et celui de maman veuve de retraité y passaient. Mais, je ne dois pas me plaindre en faisant des efforts, car mémé avait au moins 66 ans, et nous avons quand même convenablement mangé.
Donc, mémé élevait Simone, et moi je faisais ce que je pouvais. J’arrivais à bicyclette le mercredi soir, je repartais le vendredi matin, revenais le samedi soir et repartais le lundi matin.
En général, je faisais le repassage. En ai-je repassé, des bavoirs, des chemises, des dessus de chemises, des draps, etc. A la fin, mémé avait un peu simplifié. Et le tout séchait l’hiver dans la cuisine, bardée de cordes à linge. C’était pratiquement la seule pièce chauffée régulièrement.
En tant que veuve d’employé de mine, mémé recevait un contingent de charbon régulièrement, dans un tombereau à cheval, mais il était déposé dans la rue, devant le soupirail. Je mettais les gros morceaux dans la brouette que je roulais dans la cave et les plus petits étaient poussés par le soupirail avec une pelle. Il me fallait bien le faire, d’ailleurs j’en faisais autant à MONTJOIE avec du charbon que j’achetais, ainsi que de la poussière de charbon appelée SCHLAMM, non contingentée.

L’exode

Dès juin 1940, il Yeut ce qu’on a appelé « l’exode » des belges, des français du nord, puis de la région parisienne, puis de NORMANDIE, au fur et à mesure que les allemands avançaient, eux, reculaient, en voiture, autocar, bicyclette, tous les moyens de transport possibles, avec en général un matelas dessus ; autant pour être sur de dormir dessus que pour protéger des bombardements.
A ce moment, avant les vacances, j’étais à MONTJOIE où ne passait personne et ne pouvais pas faire grand chose ; mémé était occupée avec SIMONE. Mais une de mes amies, institutrices et les professeurs de cours complémentaire, se trouvaient sur la N 143, sur le passage des voitures et avaient organisé un accueil. Chaque fois qu’elles ôtaient les sous-vêtements des bébés, il fallait les laver et les langer ; trouver le rechange qui n’était pas jetable à l’époque.
Mémé avait fait don de ce qu’elle avait pu et les institutrices lavaient. Il faisait très chaud. Le soir, les gens s’arrêtaient de part et d’autre du trottoir, il fallait avoir fait ses provisions avant, rien ne restait aux étalages. Quand je dormais à SAINT ELOY, les jours de congé, la fenêtre de ma chambre donnant sur la rue, j’entendais les gens ronfler.
Mais peu se sont arrêtés définitivement, en général ils essayaient d’aller davantage dans le sud, à la campagne, à moins que d’avoir des amis ou de la proche famille. En cours de route, avant SAINT ELOY, ils avaient été souvent bombardés, la route prise en enfilade par les avions. C’est d’ailleurs ainsi que monsieur CLAVEL, tout jeune homme, a failli perdre une jambe.

La Résistance

La première manifestation de résistance pour moi fut au début de la vraie guerre, c’est à dire à partir de juin 1940. J’entendis dans une librairie, une parisienne, née à SAINT ELOY, son père fut secrétaire de mairie actif et socialiste actif monsieur FABIOT, sa fille donc dire : « Tant qu’à être tuée par une bombe, j’aimerais mieux qu’elle soit anglaise qu’allemande », Ce qui me fit réfléchir, on était si mal renseignés par les journaux qui n’en pouvaient.
Or le téléphone arabe circulait quand même, et ce fut une voisine, Madame GRAVIER veuve, assez intelligente et au courant, qui apprit à mémé l’existence des camps de concentration et ma directrice à MONTJOIE, Mademoiselle PEYNOT qui me raconta comment son cousin, dans la police à CLERMONT FERRAND, développait des photos, dans les caves mêmes de la police, bien cachées, pour le compte de la Résistance. Et puis Claude, avec Pierre et leurs enfants allaient de RIOM à CERILLY régulièrement et en revenant passaient par SAINT ELOY pour voir mémé.
Claude s’astreignait à être très « famille » et, sachant mémé un peu sourde, lui parlait très fort, ce qui faisait un peu tourner la tête de mémé. Et elle nous faisait ses confidences de résistante, .ajoutant toujours que ce qui lui faisait peur, c’était d’être torturée, par le supplice de la baignoire et celui de la lampe se balançant tout près des yeux.

Les Maquis

J’ai connu par la suite l’existence d’un maquis de F.T.P., communiste, près de MONTJOIE, dont
faisaient partie les frères VILLET ; j’avais sa fille dans ma classe et elle m’apportait des cordons de parachute, le premier Nylon que j’ai vue. Il y avait d’autres maquis dans les environs de SAINT ELOY, tous ravitaillé et protégés par la population.

L’enterrement du maquisard

Un jour, une voiture de résistants rencontra une colonne d’allemands : manque de sang froid en essayant de se sauver, ils laissèrent l’un d’eux mort sur place. Ma directrice Mademoiselle VEYNOT reçut ses papiers à garder en attendant de les rendre aux parents. Et le lendemain eut lieu l’inhumation au cimetière de SAINT ELOY : grande foule, parfaitement inconsciente, élèves des cours complémentaires, etc.
Bien sûr, les allemands sont arrivés, grande débandade, une jeune institutrice du cours complémentaire en voulant sauter le mur de clôture se fit une magnifique entorse. Mais je pense que les Allemands voulaient simplement montrer leur force à la population, il n’y eut pas de tués ce jour-là. Mais les Allemands entrèrent à l’école du bourg toute proche et passèrent les fusils sous les tables, comme si des Résistants pouvaient s’y cacher !
C’était surtout une mise en garde aux habitants de SAINT ELOY, qu’ils savaient pro-résistants.
D’ailleurs, dès la fin de la guerre, quand on peut compulser à VICHY les archives allemandes : une grande carte très explicite indiquait tous les environs de SAINT ELOY en rouge. Quoi qu’on veuille actuellement en 1998 prouver que les Français dans l’ensemble ont été plutôt collaborateurs ; c’est méconnaître la FRANCE de l’époque.
Évidemment personne ne voulait se suicider, il s’agissait de tenir en courbant l’échine apparemment, heureusement tout le monde n’a pas fait partie activement de la Résistance, sinon il n’y aurait plus de Français.

L’enlèvement des gendarmes

Le laborantin de Louis BALAGAYRIE, le « potard » comme on disait, laissa la pharmacie et alla chef du M.U.R. dans les environs : ce fut lui qui claironna à SAINT ELOY à la libération. Mais il avait commis bien des imprudences. Ils avaient eu une excellente idée : prendre les gendarmes au nid, les embarquer, je les ai vus, dans une camionnette Oe crois bien qu’ils avaient leurs fusils !) et les planquer pas très loin, avec leur accord bien sûr, sauf le plus âgé qui ne voulait pas quitter sa femme, et qu’on embarqua de force.
Quant à leurs femmes et à leurs enfants, elles n’allèrent pas bien loin : dans la maison d’en face, chez GRAVIER. Tout le monde était à l’abri des allemands, et tous les voisins complices. Mémé ouvrit la porte du fond du jardin, habituellement fermée à clef, et tes gendarmes, par les petites rues de la cité et les jardins, pouvaient tranquillement la nuit venir voir leurs femmes et sans doute leur apporter du ravitaillement.
Les voisins JAMBRUN avaient loué à un couple de juifs, je n’ai jamais su qui, ce devait être des intellectuels connus, un appartement qui avait deux issues possibles, les juifs avaient planqué leur propre fils ailleurs. Tous les voisins furent discrets, même pas un bonjour. Puis ils partirent, on m’a dit qu’ils avaient été exécutés par la suite ; ils étaient attendrissants ; dans la rue, ils restaient serrés l’un contre l’autre, devinant ce qui les attendait.

Le café 5ANTARELLI

Le café, contre l’école, appartenait à Monsieur SANTARELLI, un corse marié à une auvergnate. Ils avaient aussi la cabine téléphonique et une très grande salle de bal, cinéma, etc.
Au-dessus était une chambre indépendante, avec un escalier extérieur.
Quand un chef de la Résistance venait, il dormait là. Monsieur SANTARELLI était le type même du résistant modeste. Et une nuit, Jean MOULIN, qui faisait alors, envoyé par De GAULLE, la tournée des divers groupes pour les réunir, dormit là. Mais il était pisté, il put partir, mais monsieur SANTARELLI fut arrêté, torturé, il ne dit rien. Quand, après la libération, son corps fut retrouvé, il lui manquait tous les ongles des doigts, et le bout des doigts. Voilà un vrai héros, il a ainsi sauvé beaucoup de vies, je ne suis pas sûre qu’il soit honoré comme il conviendrait à MONTJOIE. Surtout quand on sait combien Jean MOULIN -ou plutôt sa mémoire -fut démolie plus tard.

Les Collabos ...

Mais des collabos, dans la région, on pouvait les compter sur les doigts d’une main : à
MONTAIGUT un notaire d’extrême droite, à SAINT ELOY un commerçant qui s’en tira de justesse ; SIMONE a connu son fils qui est allé aux USA ; un Égyptien, conducteur d’autobus, qu’une inspectrice maria de force avec une institutrice enceinte.
Enfin à la libération, les résistants du coin dont « Le potard de Louis » (Henry DURON) trouvèrent à grand peine quatre personnes, un homme et trois femmes, dont ils rasèrent les cheveux. C’était le rituel. Je ne les connaissais pas. Ils leur firent faire à pied le tour de SAINT ELOY, à partir de la gendarmerie qu’ils occupaient, et j’en fus malade, car c’étaient vraiment les lampistes.
Le notaire et l’Égyptien furent exécutés, ce qui était la meilleure chose qui puisse arriver à l’institutrice de ma promotion, qui s’appelle encore EL LABAN, et a pu élever sa fille en paix par la suite. Elle était née Denise LEVADOUX et nous étions voisines de chambre à l’éducation nationale.

Une histoire de MONTJOIE :

Un couple de juifs, vraiment juifs, s’y étaient réfugiés, avec deux petites filles, dont l’aînée était dans ma classe. La loi de PETAIN exigeait que la directrice fît la déclaration en détail de ses élèves, signalant les juifs, ce qu’elle ne signala pas -ce qui était dangereux.
Un jour, l’inspecteur primaire vint inspecter ses huit instituteurs-trices, ce qui prenait la journée, il mangeait au restaurant du coin. Eh bien ! le père juif n’a rien trouvé de mieux que de venir se plaindre à l’inspecteur ! De quoi, je ne sais ... Par chance, notre inspecteur était anti-allemand. D’ailleurs, ce juif fut arrêté quand même, il s’était fait remarquer au lieu de se faire tout petit, et on n’a jamais eu de ses nouvelles. Femme et filles ont survécu à MONTJOIE.

L’école à MONTJOIE

Les inspecteurs d’Académie :

Parlons maintenant des inspecteurs primaires de la circonscription de RIOM dont MONTJOIE et SAINT ELOY faisaient partie.
Le premier que j’ai connu était Jean VIDAL, apparence placide, dès 1937 jusqu’en 1940 ou 1941, (c’est l’inspecteur au juif). C’est lui qui me fit passer mon dernier examen sur place : « le certificat d’aptitude pédagogique », avec deux directrices d’école. Cet examen avait cela d’intéressant qu’il permettait d’être titularisé, je le fus donc au 1er janvier 1938 et nommée à titre définitif. Monsieur VIDAL était homme de gauche, libre-penseur et peut être franc-maçon. Il partit et se cacha pendant la guerre, sans cartes d’alimentation, sans argent, je sais qu’il fut aidé par des instituteurs, on évitait d’en parler, et la première fois que je le revis était à l’inhumation de Pierre VIRLOGEUX.
Ensuite ce fut, je crois, monsieur GERMONTY, puis un inspecteur juif, arrivé avec sa femme sans rien, tout heureux qu’on lui offre ... une lessiveuse. Il dut partir aussi et se cacher, tout comme Monsieur BARUCH à cause de son nom juif.

La Vichyssoise

Enfin arriva mademoiselle Madeleine CORNU, plus vichyssoise que les plus vichyssois, elle avait été professeur d’histoire dans une école normale de garçons, qui l’avaient vue partir avec le plus grand plaisir, le type même de la « tête à claques ». Elle vint, je peux dire quand : le vendredi matin 15 mai 1942, et nous inspecta tous les huit, j’ai sous le nez son compte-rendu de mon inspection. Oh la rosse !
C’est elle, la prétentieuse, qui, m’ordonnant d’envoyer les gosses en récréation, dit qu’il était nécessaire qu’elles aillent « s’hématoser » ; on peut dire plus simplement « prendre l’air ». Mot que je n’ai entendu que d’elle.
Je lis dans le compte rendu : participation aux œuvres de propagande et de rénovation nationales (CM des 25 septembre et 13 octobre 1941). Participation aux œuvres de propagande (CM de 41) éducation de la loyauté : code d’honneur, ligue de loyauté. Un point c’est tout. Je ne sais si cela voulait signifier que j’avais participé. À quoi donc ? Ou si c’était une invitation à le faire ; ou si c’était pour tromper son propre chef pour montrer la valeur de son action.
Tenue de la classe etc : ordre et discipline. Éducation morale, civique et patriotique. Mêmes remarques que tout à l’heure.

Activités etc...

Dessin : illustration des C3 (centres d’intérêt) passable.
Travaux manuels : passable.
Alors là, elle exagérait ; elle n’en avait strictement rien vu, nous n’en avions pas parlé.
Ce sont les deux seuls passable de ma carrière et que je n’ai pas encore digérés.
Quant à la note qu’elle a pu me donner, je l’ignorerai toujours ; elle était devenue confidentielle sous Vichy.

Le ravitaillement en 1939 -1945

ANY avait laissé SIMONE à SAINT ELOY pensant qu’elle y serait plus à l’abri, mais elle venait la voir aussi souvent que possible, et après l’offensive allemande du 10 mai 1940 et l’envahissement de la moitié de la FRANCE, il lui fallait un « aussweiss » qu’elle se débrouillait pour obtenir.
Ainsi, elle arrivait avec des gâteries ou des vêtements pour SIMONE, suivant ce qu’elle arrivait à se procurer. Ainsi vint-elle une fois avec une belle paire de chaussures de cuir blanche trop grandes. Mémé les garda pour l’été suivant ; elles étaient alors trop petites ! et SIMONE ne les porta jamais ! ANNY les remporta pour faire un échange.
Une autre fois, elle vint avec une boîte ronde, de paille tressée et brodée remplie de chocolats ; pour avoir les chocolats, elle avait dû prendre aussi la boîte. Les chocolats étaient au beurre. Mémé les économisa pour SIMONE, si bien qu’au moment de les déguster, ils étaient moisis et immangeables. Mémé furieuse contre elle-même bien sûr, garda au moins la boîte pendant des années.
Au début de la guerre, mémé prévoyant la pénurie, voulut me faire acheter des torchons pour moi.Ala « Grande Maison » près de la place de l’Hôtel de ville, on en vendait encore, mais pas plus de deux à la fois.
Elle y alla, j’y allai, une amie institutrice y alla, nous y sommes retournées, et finalement je me trouvai avec quantité de torchons, marqués M.L. soigneusement par mémé, et qui existent encore en partie dans les placards de CHAUFFOUR.
On achetait, je ne sais plus quoi chez le coiffeur du quartier et j’allais régulièrement chez un bazar de MONT"AIGUT, tenu par une femme âgée mais débrouillarde. On y trouvait de tout. Entre autres pour moi douze verres à apéritif, pas un de plus, qui sont encore vivant au salon, un seul cassé !
J’y ai aussi acheté les écheveaux de laine de couleur moutarde, douce et chaude et j’ai tricoté à SIMONE une robe de laine et un gilet ; la forme et le point employés étaient bien, mais la couleur ! Mémé fit cependant avec le bas de robe devenue trop petite un genre de jupon avec un haut de tissu ; SIMONE n’avait pas froid ! Il n’empêche qu’on a parlé longtemps de la laine moutarde, quoique douce !
En face de chez mémé était un café, sa patronne madame TRONCHERE, dont le mari était prisonnier en Allemagne, trafiquait pas mal en se donnant beaucoup de peine d’ailleurs, et n’avait pas peur de « payer de sa personne ! » Elle nous avait trouvé de la laine brute, qu’elle a fait carder dans un atelier le long de la SIOULE, dans un coin bien caché, propice au marché noir, et j’ai pu tricoter chaussettes, gilets, moufles, même des gants pour mémé, qu’elle n’a pas voulu porter, ils étaient plus écrus que blancs, et que TITENE a pris.

La recette du savon :

Toujours madame TRONCHERE nous a donné une formule pour faire du savon :
Fabrication de savon

  • 1 litre de soude caustique
  • 8 livres (c.à.d. 4 kg) de graisse
  • 13 litres d’eau
  • si possible sève de pin, base de térébenthine et sacrifier une bassine étamée. Car après avoir servi trois ou quatre fois, elle était rongée et trouée !

Nous n’avons jamais trouvé de térébenthine, mais le boucher nous vendait la graisse de bœuf, le marchand de couleurs -peintre voisin -(monsieur JAMBRUN, je crois) nous vendait la soude caustique quand il en avait. Avec mémé, on touillait cela dans la bassine chauffée, cela ne sentait pas très bon, il ne fallait pas toucher avec les doigts. Une fois en pâte, on versait dans une espèce de moule en bois comme un gros et long cake, on laissait sécher dans la cuisine au-dessus du placard, on coupait en cubes et on laissait encore sécher. On obtenait un cube racorni, on pouvait laver le gros linge avec, le savon ne moussait pas beaucoup, mais mémé et moi en étions très fières, d’autant plus que fort néophytes !
Comme il y a eu très tôt des tickets de ravitaillement, il fallait bien s’organiser. Et mémé parcourut la campagne, en promenant SIMONE et trouva une brave paysanne de connaissance, chez PAUNET, où elle allait régulièrement, puis elle y envoya la petite bonne HELENE avec SIMONE, ce qui faisait une grande promenade. SIMONE était ravie, la paysanne lui donnait toujours quelque chose de bon à manger : fruit ou bonbon.
Et un jour où elles traversaient un champ pour raccourcir le chemin, elles furent chargées par un taureau ; jamais n’avaient couru si vite HELENE, SIMONE, le beurre et les fromages.

Les Polonais de MONTJOIE

Quant à moi, je trouvais du ravitaillement à MONTJOIE, peuplé de polonais. Les n’avaient pas été requis pour la guerre, il n’y avait pas de prisonniers polonais, mais ils étaient requis dans la mine.
Et comme ils étaient travailleurs et forts, après leur journée de mineur, ils allaient travailler dans les campagnes environnantes, pour remplacer les paysans, qui eux étaient prisonniers. Et ils en rapportaient entre autres, en bons polonais, des quartiers de cochons. C’est ainsi qu’une de leurs filles une élève à moi m’en rapportait à un prix fort raisonnable.
Mais voilà ; elle avait une plus jeune sœur qui normalement, à la rentrée suivante aurait dû passer dans ma classe, mais que l’institutrice du cours en dessous, voulait faire redoubler. Par élève interposée, le père me fait dire que si je prenais sa fille dans ma classe, il continuerait à me fournir en porc.
Bien sûr, pas question de me laisser acheter à ce point ; et voilà comment nous n’eûmes plus de porc que celui des tickets !

La polonaise

Il faut dire que MONTJOIE était une cité dite « de polonais », qui n’étaient donc pas partis au début de la guerre, pas de prisonniers, pas de résistants, mais sûrement parmi eux quelque « Se colonne » comme on disait, c’est-à-dire quelques espions, difficile de distinguer entre allemands et polonais-allemands, ceux qui venaient de l’Ouest de la Pologne.
Il y avait à SAINT ELOY une femme, certainement allemande, qui avait été recrutée par les compagnies minières pour donner des cours de polonais aux enfants d’école primaire, d’ailleurs dans les locaux d’école.
Cette femme était l’antipathie faite femme, des yeux d’acier, très style WEHRMARCH (orthographe incertaine). Et l’on disait qu’elle était la maîtresse du directeur, célibataire, de la vieille mine, monsieur IPOUSTEGUY. Elle était tout à fait capable de s’immiscer aux points névralgiques, mais tout cela n’est peut-être que on-dit, elle faisait trop parfaite espionne. Et je ne sais ce qu’elle est devenue, ni si elle a été inquiétée.
Donc Simone vit, tout bébé, chez mémé à SAINT ELOY, et je vais les voir deux fois par semaine. Claude avait prêté la grande bercelonnette que j’avais garnie avec amour. Mais je n’avais pas ôté tout autour de l’osier le bord molletonné qui y était, je l’avais simplement recouvert.

Le boucher du quartier à SAINT ELOY

Par contre, le boucher du quartier à SAINT ELOY ravitaillait bien ses clients. Il payait les amendes si nécessaire et continuait ; il avait comme clientes les femmes des gendarmes ! Mais
il fallait entrer par la cuisine et le rideau de fer du magasin était baissé. Mémé connaissait particulièrement bien le chemin de la cuisine du boucher et madame BALAGAYRIE certainement aussi !

Le vélo de COMMENTRY

Lorsque Jean MIALLE était venu voir sa fille et sa femme lors de la naissance, il était allé à COMMENTRY où il connaissait entre autres un marchand de bicyclettes. J’en avais ainsi acheté une très solide, faite de bric et de broc, et pas chère.
Je n’étais pas très « argentée », pas question d’auto, naturellement : pas d’argent et pas d’essence. Le vélo a fait merveille pendant la guerre. Je m’étais moi-même mise en chasse de ravitaillement. Je connaissais une amie institutrice qui connaissait un jeune homme, prisonnier de guerre, qui connaissait ... Non, mais avait des parents agriculteurs près de la BOULE. Enfin, avec mon vélo, j’ai pu joindre ces agriculteurs. Et ainsi pendant toute la guerre, je partais de MONTJOIE le jeudi, je faisais du cross en portant mon vélo, traversais la BOUBLE sur un pont de bois inénarrable, grimpais la colline en face et là en haut, je monte sur le vélo, roule quelques kilomètres.
J’arrive à la BOULE, je m’engage dans un chemin plein de boue même l’été. Je roule dans la boue en priant pour ne pas être obligée de mettre pied-à-terre. J’arrive à la ferme. Là je commence par offrir quatre litres de vin et plusieurs paquets de cigarettes, ma ration de tickets et celle de mémé et j’achète à prix à peu près normal beurre, œufs, etc.
Et je repars dans ma boue. A la BOULE, je rejoins la route nationale N 143 qui me mène tout droit chez mémé. Tout droit, façon de parler ; une belle descente et pas mal de virages. Le tout existe encore entre la BOULE et SAINT ELOY. Pas mal, aussi de bicyclistes tués.
Et, un jour où je descendais plutôt vite, me voilà prise dans une mer de gravillons, déposés là gentiment par les ponts et chaussées sans avertissement, au moins dix centimètres de haut sur toute la route.
J’en ai voulu à l’ingénieur qui était notre voisin. J’ai lâché les pédales, j’ai continué, freinée par le gravier, je ne suis pas tombée ; pas d’auto en vue, j’ai continué doucement et repris les pédales, j’ai eu des réflexes et de la chance. Mémé n’a jamais su.
J’avais tout de même failli me tuer dans un double virage, parce qu’un ingénieur sot, quoique très prétentieux, avait omis de poser le moindre panneau.
C’était lui, voisin à nous, qui ayant des poules dans un poulailler les tirait à la carabine pour les manger ! Pan ! on entendait.

Les premiers Américains

Quelquefois des colonnes de soldats allemands passaient sur cette W 143, de MONTLUÇON à CLERMONT en passant par RIOM. J’en ai vu dans SAINT ELOY, je faisais semblant de regarder une vitrine et je les voyais ainsi en leur tournant le dos.
Mais les premiers Américains que j’ai vus étaient dans cette descente de la BOULE. J’ai cru tout d’abord que c’étaient des Allemands, mais leurs voitures jaunes ramassées m’ont suffoquée. J’ai arrêté le vélo, et vu toute la colonne défiler devant moi. Je n’oublierai jamais, ce soulagement !

Les tickets

Les tickets de ravitaillement n’étaient pas les mêmes suivant âge et emploi. Les mineurs étaient travailleurs de force, plutôt chouchoutés et les jeunes : bébés, J1, J2, J3. D’où le titre d’une pièce de théâtre. Les J3 donc Simone avait droit à de la farine genre BLEDINE chez le pharmacien pour bouillies de bébé.
On savait que la phosphatine FALLIERES contenait le plus de sucre et de cacao. Mémé en achetait donc chez Louis BALAGAYRIE, et confectionnait avec des petits gâteaux secs délicieux. Simone aimait cela.
Enfin à la pâtisserie PAILLERET face à la mairie, il y avait des bonbons naturels au sucre de raisin. Je n’en aimais pas tellement le goût, mais ils étaient pour Simone, et sans produits chimiques.

Le jardinage

À MONTJOIE, j’avais un jardin, dont je ne m’occupais pas avant-guerre, mais pendant la guerre, suivant les conseils de mémé, je l’ai cultivé. Et je n’étais pas peu fière de ramener à mémé de grands sacs de toile -qu’on appelait des « boges » pleins de petits pois, mais oui ; avec mémé, on écossait, on mettait dans de simples bouteilles, on fermait bien, on mettait dans la lessiveuse avec de linges autour, et à nous les conserves l’hiver.
De même, si tante Marguerite et oncle Auguste de RIOM nous envoyaient des fruits, par l’autobus journalier, ou si des voisins nous donnaient de leurs poires, on les coupait menu, hop ! dans les bouteilles et dans la lessiveuse
De même, des haricots verts, mais il fallait bien les ranger, parfois on utilisait nos quelques bocaux.
Mémé avait acheté un lapin pour manger ; c’était une lapine qui avait des « espérances », comme on disait pour les femmes enceintes, et au bout de quelque temps, on se retrouva avec toute une famille, dont un petit noir, des petits lapinos bien mignons, que nous prenions dans nos bras -t’en souviens-tu Simone ? Ce qui ne nous a pas empêchées de les manger par la suite !
Mais il fallait les nourrir, gros problème ! Le jardin de mémé n’était pas grand, et nous mangions les légumes. Aussi, Hélène, la bonne, emmenait Simone en promenade « sur le carreau de la mine », c’est-à-dire sur les grands terrains qui la jouxtaient, et où on pouvait tout cueillir librement, et là, Hélène ramassait des feuilles de « pas d’âne », ce tussilage dont les lapins sont friands. Moi-même, sur mon vélo, revenant de MONTJOIE, j’en avais repéré de beaux pieds.
En allant à SAINT ELOY, j’en cueillais dans une « boge » que je remplissais. On m’avait dit qu’il y avait de beaux châtaigniers dans les bois du QUARTIER entre YOUX et MONTAIGUT. En automne, j’y suis allée plusieurs fois, toujours avec ma « boge » que je remplissais de châtaignes non décortiquées. Je mettais les « bogues » dans la « boge » et je ramenais le tout sur mon vélo à SAINT ELOY.
Un jour, dans ces bois du QUARTIER, j’y ai rencontré une institutrice de MONTAIGUT avec son mari et une charrette à bras, qui ramassaient du bois de chauffage. Mal habillés pour ces travaux, nous avions vraiment l’air de miséreux. Mais enfin, mémé, Simone et moi, nous n’avons pas eu faim, nous n’avons pas maigri et Simone était, bébé puis petite fille, fort solide, et toute ronde.
Nous ne manquions pas d’entretenir le jardin que pépé avait laissé en bon état. Comme engrais, on mettait... la litière des lapins et des poules, on enterrait aussi les plumes ! Et on bêchait ! Un jour, le fils d’un gendarme nous vit de la fenêtre de sa mère, et vint bêcher. Il nous devait bien cela, on faisait passer le gendarme, soi-disant enlevé par les F.F.I., par la porte du jardin.

La torture

Naturellement, comme la plupart des gens, nous avons vécu le temps de la guerre de 39-45 comme une attente, c’est le mot. Les vrais résistants de la famille, les VIRLOGEUX, les MALFREYT, passaient à SAINT ELOY, nous faisaient quelques confidences, Claude avait peur de la torture.
Et puis, Claude et Pierre ont été dénoncés, arrêtés, torturés, Pierre s’est suicidé, Claude et Jean ont été déportés ; monsieur MALFREYT et son gendre DELORME, capitaine et commandant, voient les attaques meurtrières au MONT MOUCHET dans le CANTAL, se replient sur CHAUDES-AIGUES (Cantal) et sont tués le 25 juin 1944, au sud de SAINT FLOUR (Cantal). Cette époque fut tragique et vécue comme telle.
Mon voisin le plus près de l’école à MONTJOIE, Monsieur SANTARELLI est arrêté, torturé et tué. La gestapo investit, à MONTAIGUT, la maison du maire (et Docteur) André MICHEL. Il s’en sauvera, mais son beau-frère instituteur, Henri JEUX, voulant se sauver, est tué. Il laisse une veuve institutrice et une petite fille.
Toutes sortes d’évènements arrivent aussi. ALAPEYROUSE, un train de cochons destinés à l’Allemagne est intercepté, saboté. Les Anglais bombardent MONTLUÇON et sa gare.
La famille PICOT reçoit des pruneaux dans les chambres, sans tués. Ernest PICOT avait épousé Odette MICHARD, fille d’Angeline née LAVEDRINE, ma cousine germaine. Ils vivaient à MONTLUÇON, gros marchands de vin et liqueurs. et avaient leur entreprise près de la gare, avec une voie de chemin de fer particulière pour eux.
Depuis ce jour, jusqu’à la fin de la guerre, ils vont avec des amis dormir tous les soirs à NERIS LES BAINS, à 5 km de MONTLUÇON, chez la mère Angéline qui y a une pension de famille pour curistes.
La guerre continue ...
Et puis la guerre continua, de temps en temps on voyait passer une colonne d’allemands, lorsque toute la FRANCE fut envahie. Dans la première, il y avait encore des chevaux, réquisitionnés en FRANCE, qui étaient attelés à des affûts de canons ! Je me demande jusqu’à quel point ce défilé n’était pas pour la galerie ; et naturellement les bonnes langues inventaient.
Il y avait à RIOM cent mille allemands cantonnés. Je me demande encore ce qu’ils y auraient fait ! Par contre, un jour, je vais à CLERMONT. Paule vient me chercher à la gare et me fait faire un grand tour dans CLERMONT pour arriver chez elle.
Et CLERMONT sentait le roussi !
Les voyageurs à la gare ignoraient tout. Des résistants avaient tué 37 allemands du côté de la rue des GRAS, en montant à la cathédrale. Réaction immédiate : des maisons voisines brûlées, des passants ramassés, 180 je crois, tués ou emmenés en ALLEMAGNE, qui n’y étaient pour rien ! Cela s’est passé, je crois plutôt vers la fin de la guerre.

Les Allemands n’ont jamais occupé SAINT ELOY, ils étaient à RIOM et CLERMONT et MONTLUÇON, mais pas en très grand nombre. Assez pour que les S.S. y fassent des ravages. Une certaine belle villa, 2 avenue de ROYAT, avait été réquisitionnée, sans doute les propriétaires juifs en étaient partis, et là avaient lieu les interrogatoires des résistants ramassés. Les voisins de la villa entendaient tellement crier qu’ils avaient préféré déménager ! Un jour, cependant, un jeune résistant put se sauver et se cacher dans les vignes environnantes. Il y fut recueilli par des clermontois.
À Montluçon, des résistants attaquèrent la prison et sauvèrent bien des gens, dont des frères VILLET, neveux d’un cousin, Sylvain VILLET, par alliance. L’un deux était coiffeur, ils étaient communistes et résistants F.T.P.F.

Le rôle des vrais communistes du coin :

à MONTJOIE était instituteur un des neveux de ces VILLET. Et dès 1940, lorsque HITLER eut signé l’accord avec STALINE, les communistes.
entonnèrent les louanges de HITLER, LAVAL et PETAIN. Le symbole de PETAIN était la francisque, c’est-à-dire l’épée des Francs à double tranchant ; de même que celui de HITLER
était la SVASTIKA, ou croix gammée, symbole religieux de l’Inde. Mais où étaient-ils aller chercher cela, sous prétexte de grands aryens blonds !
Et cet instituteur VILLET avait dans sa classe, tout autour, en décoration, des dessins de francisques ! Il fallait le faire.

L’attaque de la poste :

Plus tard lorsque HITLER envahira l’U. R. S. S., l’attitude changera bien sûr, et la famille VILLET se distinguera dans la Résistance de la région de SAINT ELOY. Ils campaient dans les bois alentour, mais ils avaient besoin d’argent : chaque quinzaine, les mineurs étaient payés et pendant la guerre, l’argent transitait par la poste. Un jour propice, les F.T.P.F. de SAINT ELOY ont attaqué la poste,
Alors en face de chez mémé, je les ai vus, ils ont barré hâtivement la rue et sont repartis très vite, avec l’argent. Je connaissais le chef, qui était de mon âge et du quartier. À cette époque, les mines n’étaient pas nationalisées. Il y avait à SAINT ELOY deux mines à capitaux distincts :
« la vieille mine », compagnie CHATILLON-COMMENTRY, NEUVES MAISONS (dans l’Est de la FRANCE)
et les mines de la BOUBLE ou « mines nouvelles », Les mineurs de la famille travaillaient tous à la vieille mine sauf Sylvain VILLET employé aux mines nouvelles.

Les mineurs et le S.T.O.

Pendant les guerres, celle de 1914 et celle de 1939-1945, les mines du centre de la FRANCE ont travaillé dare-dare, et à partir du milieu 1940, pour les allemands, je dis dare-dare, mais les ouvriers n’y mettaient pas un zèle excessif, mais directeurs et ingénieurs étaient bien obligés de faire tourner, d’ailleurs certains étaient « plutôt » pour PETAIN et les résistants étaient bien heureux de leur jouer des tours ...
Ils avaient aussi pris à partie certains ingénieurs des mines nouvelles, peu sympathiques (l’épouse de l’un d’entre eux m’avait reçue un jour dans sa cuisine, debout !) Les mineurs ont été ainsi relativement protégés, non prisonniers, avec des tickets de ravitaillement de « travailleurs de force », Évidemment, pas question de S.T.O. pour eux.
C’était le « Service de Travail Obligatoire », auquel surtout les jeunes Français étaient astreints. Ils devaient aller travailler en ALLEMAGNE. ANY et Jean avaient ainsi vu partir leur valet de chambre, René, qui dut partir à DRESDE, où il mourut sous un fameux bombardement allié. C’est ainsi que tous les jeunes de la région de SAINT ELOY, ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient rejoindre les Résistants, s’engageaient dans les mines.
Directeur et ingénieurs ne voulaient pas voir qu’il n’y avait pas beaucoup de rendement avec eux et les vrais mineurs se moquaient de leurs mains blanches, tout en les protégeant : c’étaient leurs fils, leurs neveux ou leurs voisins !

Le bombardement de la BOSSE (! ?)

Et SAINT ELOY ne fut jamais bombardée ! Et pourtant ! Un certain 14 juillet 1944 une grosse escadrille de bombardiers passa au-dessus de nos têtes venant en principe d’ITALIE. C’était surtout la grosse démonstration de force, ils dédaignaient le Sud et le centre de la FRANCE, mais ceux qui étaient en dessous avaient eu une belle frousse.
Un avion s’est détaché au-dessus des mines de kaolin de la BOSSE ; s’ils avaient voulu, ils pouvaient tout ravager, je crois qu’ils ont bombardé les côtes de la MANCHE.
Ils voulaient être impressionnants ; ils ont réussi ! Et quel bruit ; je l’ai encore dans ma tête, moi qui n’ai jamais assisté à un bombardement, le passage suffisait.
(Tout cela est parfaitement faux. Mais, je le laisse, j’y ai cru pendant 50 ans ! Je vais raconter ce que j’ai lu et compris il ya peu en 1997.)
Comme MONTJOIE était un centre de résistance, alors que Jean MOULIN venait d’y passer une nuit, par bonheur il était déjà reparti, on passa la BOULE sur le petit pont de bois. Les Allemands, un jeudi où j’étais à SAINT ELOY, investissent l’entrée du bourg, installent les mitrailleuses devant l’école, vide en ce jour béni du jeudi, et font pan-pan, une personne est blessée sur le pas de sa porte, bien innocente, (et monsieur SANTARELLI, qui avait accueilli Jean MOULIN est arrêté, emmené, torturé et tué. J’ai déjà raconté.)

Les Résistants n’ont pas été trouvés.

Le voyage à PARIS :

Entre temps, ANY et Jean étaient venus prendre l’hôtel EDOUARD VI, à MONTPARNASSE, face à l’ancienne gare. Quelle équipée, en pleine « occupation », D’abord, Any dut obtenir pour elle même un laissez-passer, arriva à SAINT ELOY où elle resta quelques jours. Comme je devais les accompagner pour habituer Simone à sa nouvelle vie, nous avons dû aller demander un laissez-passer pour Simone et pour moi. Quelle affaire : train jusqu’à LAPEYROUSE, changement, train jusqu’à LA MADELEINE, non je n’oublierai pas, banlieue de MOULIN occupée par les Allemands.
LA MADELEINE était la « ligne de démarcation » avec Français d’une part et le fameux pont au milieu, soldats et fonctionnaire allemands à côté mais pas dans les mêmes bureaux : il fallait aller de l’un à l’autre ; quelle pantomime, divin Maréchal PETAIN. On obtint facilement le laissez¬passer de Simone, pour moi, pas si facile : ANY a raconté une histoire sans queue ni tête, comme quoi mémé était très malade, qu’il fallait lui enlever Simone, qu’il fallait que je l’accompagne : si les occupants avaient réfléchi deux minutes, il était invraisemblable que, mémé très malade, ses deux filles la plaquent et partent en zone occupée.
Mais nous avons pleuré toutes deux et obtenu nos papiers. Mais il était tard, il fallait attendre le lendemain matin pour repartir à SAINT ELOY. Pas question d’hôtels : tous étaient pleins, de gens qui attendaient leurs laissez-passer, certains depuis huit ou quinze jours, dont une femme bien enceinte. Je ne me souviens pas comment nous avons mangé mais pour dormir ! Heureusement, la CROIX-ROUGE était là, agissante : nous avons reçu un sac de couchage, ou plutôt un drap de couchage, il faisait très chaud, et nous avons dormi dans un dortoir, auprès de vieilles femmes, cela a du être l’unique expérience de dortoir de Mamy ! qui ne dormit pas, son sac sous sa tête ! Lever tôt le matin, toilette à la pompe d’eau froide et retour à SAINT
ELOY, quelle équipée pour 60 à 70 Km !
Donc retour à SAINT ELOY, valises mélangées de vêtements à ANY, SIMONE et MICHELLE, provisions de bouche et embarquement pour PARIS, changements de train à LAPEYROUSE, MONTLUÇON, VIERZON, zone occupée. Un grand Allemand dégingandé passe pour vérifier les laissez-passer, les « Austers » si vous préférez, et là ! catastrophe : ANY avait tellement traîné la patte à SAINT ELOY que son laissez-passer était périmé depuis un jour : consternation, comment SIMONE et moi pourrions continuer seules ? et ANY courir derrière un papier ? en plus nos valises sont mélangées !
Finalement, l’Allemand dégingandé nous laisse passer, c’est-à-dire rester assises dans le train jusqu’à PARIS AUSTERLITZ. Le train avait du retard, impossible d’obtenir de la CROIX-ROUGE une voiture pour l’hôtel, tout juste nous eûmes droit à un laissez-circuler après le couvre-feu, et nous voilà parties à pied, Mamy ayant lié les valises avec une serviette, passée sur l’épaule : elle en eut des « bleus », et mois je portai Simone toute mignonne et endormie, mais lourde !
Ainsi nous marchions au milieu de la rue, vide, pour bien montrer qu’on avait des papiers en règle, jusqu’à l’hôtel, c’est-à-dire plus de deux kilomètres parait-il.
Un jour, tout le quartier de MONTPARNASSE fut arrosé de bombes anglaises : il parait que ce fut par un avion chasseur qui rentrait sans avoir .... pu écouler sa marchandise et l’avait déversée là ; je ne sais si c’est la vérité-vraie.
Simone était très appliquée, et envoyait à ses parents à PARIS de magnifiques calligraphies, et des dessins un peu incompréhensibles, de maison évidemment, sur les cartes réglementaires, sans enveloppes, avec expéditeur et destinataire, qui seules parvenaient : je me suis toujours demandée pourquoi le gouvernement de VICHY ne venait pas faire une enquête chez mémé ou Any et Jean pour correspondance codée ! !!
Et la fin de la guerre arriva enfin. D’abord, la FRANCE fut petit à petit libérée. Mais quels combats, surtout en NORMANDIE où débarquèrent les Alliés. ANY et Jean avaient, entre autres, dans l’hôtel, des maquisards qui attendaient la libération de PARIS.
Il avait été entendu avec les Alliés, que PARIS serait délivré par des troupes françaises : Jean, Any et un chef du maquis montèrent sur le toit de l’hôtel et entendirent le grondement des chars du Général LECLERC. Ceux ci arrivaient de l’Ouest, par le boulevard MONTPARNASSE justement, pour s’arrêter à la gare MONTPARNASSE où était le P.C., avec à l’hôtel des chefs de la Résistance, dont un acteur connu, fils de Franc NOHAIN, frère de Jean NOHAIN, tellement connu que j’en ai oublié le nom, et pourtant ! J’ai trouvé : Claude DAUPHIN.
C’était le 25 août 1944. Les Allemands occupaient PARIS depuis le 14 juin 1940. Débarquement allié en NORMANDIE : 6 juin 1944, transfert à PARIS du gouvernement d’ALGER : 31 août 1944.


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