A qui la faute ?

par René HUGONNIER
vendredi 24 juillet 2015
par  webmestre1
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Réflexions de René HUGONNIER
quant à l’origine et au déroulement de la 2éme Guerre Mondiale.

Prologue

Le procès PAPON suscite des commentaires, discussions et polémiques.

Nos enfants ne doivent guère s’y retrouver s’ils ont la patience d’écouter des récits discordants. Quant aux adultes qui, suivant leur âge, ont pris le train de l’histoire en marche, ils n’ont souvent conservé que des vues partielles ou déformées.

Je sortais de l’adolescence dans les années qui précédèrent la guerre, à un âge où l’on commence à être attentif aux grandes péripéties de la SOCIÉTÉ.

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, dans la période 1939 -1945, il est sans doute nécessaire de remonter plus haut. L’historien le fera sans doute volontiers en allant puiser en 1919 les raisons d’une paix manquée. Je me contenterai d’évoquer ce que j’ai compris, de ce qui s’est passé autour de moi, à partir des années 1936.

Malgré la grande crise économique de 1929, les sursauts de l’extrême droite, l’avenir du front populaire, la FRANCE et la GRANDE BRETAGNE se disputaient la prééminence dans le monde.
Depuis VERDUN, l’armée française était réputée la première du monde. Sa flotte se classait immédiatement derrière celle des Anglais. Notre Empire nous offrait des ressources inépuisables pour l’avenir.

Mais des données nouvelles apparaissaient.

Léon BLUM, en 1936, ouvraient les congés payés à tous les salariés. C’était une mesure d’une portée considérable. Mes parents, comme la plupart des gens, n’avaient jamais pris de vacances. Des centaines de milliers de français allaient découvrir la FRANCE en bicyclette. Les jeunes envahissaient les auberges de jeunesse. « Allons au-devant de la vie, allons au-devant du bonheur... ».
En 1938, tout un peuple découvrait en s’étonnant le bonheur de vivre.

Etait-ce génial ? ou une triste et criminelle erreur, alors que les chars allemands s’amassaient sur nos frontières ?
Il est vrai que « la révolution des loisirs » ne nous préparait guère à une nouvelle confrontation et nous inclinait plutôt à tous les renoncements.

Après l’annexion de l’AUTRICHE, nous abandonnions la TCHÉCOSLOVAQUIE, notre alliée, à HITLER.
Après avoir honteusement capitulé devant les exigences de ce dernier, DALADIER et CHAMBERLAIN étaient accueillis par des foules enthousiastes, lorsqu’ils rentraient de MUNICH.
On croyait apaiser la soif de conquêtes du FUHRER et en fait chaque nouvel abandon l’encourageait à aller plus loin. Il revendiquait désormais DANTZIG un couloir d’accès à la mer à et déjà nous commencions à défiler dans les rues en refusant de « mourir pour DANTZIG ».

De 1936 à 1939, j’ai le souvenir d’une grande confusion, de grandes inquiétudes et d’une aberrante illusion comme si chacun voulait refuser l’évidence. Par des fêtes, l’Exposition Universelle, les vacances, nous refusions la réalité.

Nous étions une oasis d’illusions qu’entouraient désormais les conquêtes allemandes, les menaces de l’ITALIE de MUSSOLINI et de l’ESPAGNE de FRANCO.

Devant une guerre inévitable et de plus en plus imminente, jamais l’expression « danser sur un volcan » ne fut plus justifiée.

L’invasion de la POLOGNE déclencha la guerre.

Le second été des congés payés fut ainsi immédiatement suivi de la mobilisation générale de septembre.

Dès lors, nous amassâmes nos troupes aux frontières de l’Est, et la FRANCE s’enferma dans 9 mois de la « drôle de guerre » où il ne se passa rien.
La stratégie française était défensive. À l’abri de la ligne MAGINOT, nous étions invincibles.
Au fil des mois, le moral commença à se déliter dans l’incertitude d’une situation où il semblait que nous ayons pour seule ligne de conduite la passivité.

Notre quiétude-inquiétude se berça des mythes et slogans de la propagande officielle
« Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » ;
« L’armée française est la meilleure du monde ».

Plus tard, au moment où quelques bataillons de chasseurs embarqueront à NARVICK, résister un moment à l’invasion de la NORVEGE, ce sera « La route du fer est coupée... »
Des coups de mains aux avants postes, en avant de la ligne MAGINOT, alimentaient « les nouvelles du front ». Un jeune officier, DARNAND, qui s’illustrera plus tard de tout autre façon, conquiert ainsi la célébrité par une action commando qui ramène ... quelques prisonniers !

10 mai 1940, coup de tonnerre : l’armée allemande attaque sur tous les fronts.

À cinq heures du matin, à LYON, nous sommes réveillés par de sourdes explosions, les bombes qui tombent sur l’aérodrome militaire de BRON, puis au bout d’un moment par les détonations sèches de la D. C. A. et enfin les sirènes : leur retard atteste la surprise... d’un évènement attendu et annoncé depuis des semaines.

Le lendemain, nous apprenons que la plupart de nos aérodromes ont été bombardés simultanément et que les troupes allemandes envahissent les PAYS BAS et la BELGIQUE.
La ligne MAGINOT est invincible, mais pour respecter la susceptibilité de nos amis belges elle se termine là où commence notre frontière commune avec la BELGIQUE.
Nul besoin d’être grand stratège pour prévoir que, dégarnissant la frontière fortifiée, les Allemands lanceront toutes leurs forces sur la petite armée de BELGIQUE qui sera emportée comme un fétu de paille.

L’entrée des avant-gardes allemandes en FRANCE est immédiate et le communiqué des Armées annonce sereinement que c’est un piège « Nous les laissons s’enfoncer pour les prendre en tenailles et les détruire ... ».
Las... cette illusion et ce mensonge ne tiendront que quelques jours. Les craquements qui se succèdent sur la ligne de front qui bientôt n’existe plus. La débandade de nos troupes est commencée.
Les nouvelles de jour en jour signalent l’arrivée allemande toujours plus au sud. On se berce encore d’illusions : « On a bien tenu sur la Marne en 1914... »et puis« On les arrêtera sur la Loire... ».
Mais déjà à LYON, nous apprenons qu’ils arrivaient à DIJON. PARIS est déclarée ville ouverte...

C’est l’effondrement, l’exode et les images insupportables de toute cette population civile avec ses colis, ses charlots, ses bicyclettes et ses voitures d’enfants fuyant sur les routes vers un asile improbable ; alors que fuient des colonnes de soldats désemparés, sans armes ou sans chefs.

C’est l’impossibilité à comprendre, l’invraisemblance de cette situation. Comment la meilleure armée du monde a-t-elle pu s’effondrer, pulvérisée en quelques jours. « On nous a menti ».

Ce n’est que la première surprise de tout ce qui va suivre.

La propagande avait réveillé dans la drôle de guerre la mythologie de 1914. Les hordes germaniques tuaient les enfants, violaient les femmes, achevaient les prisonniers...
Et quand elles arrivent enfin, puisque rien ne les arrête, nous découvrons une armée disciplinée qui respecte les populations et ne commet pas d’excès.
Une armée d’hommes jeunes, dynamiques, qui défilent en chantant, et le contraste est trop rude avec l’image de nos pauvres troupes en désordre.

PETAIN

« la débâcle »
... Ce mot rassemble tous les sentiments du peuple de FRANCE.

Tout ce qu’on vivait pensait, croyait, est balayé et rien ne semble plus pouvoir arrêter nos envahisseurs dont on apprend qu’en SCANDANAVIE, ils pactisent avec la RUSSIE qui leur offre la domination de l’Europe.

Rien ne semble plus devoir les arrêter ; cependant un homme va le faire, au moins au plan des symboles.

Il se dresse et son prestige de vainqueur de VERDUN semble en imposer aux Allemands et au FUHRER lui-même : l’armistice va stopper l’armée allemande. Alors que tout paraissait possible aux vainqueurs, les conditions de l’armistice sont comme un immense soulagement.
La FRANCE qui se voyait déjà conquise ne sera occupée qu’en partie, sur une moitié environ de sa surface.
L’armée allemande qui a, en fait atteint la MEDITERANNÉE et les PYRENÉES va refluer chez elle, en dehors de cette zone occupée. Sur le reste de la FRANCE, le gouvernement français conservera son autorité.
En outre, ce qui alors paraît invraisemblable, la FRANCE garde ses colonies et sa marine militaire ; c’est presque inimaginable.

Dès lors, PÉTAIN apparaît aux yeux de tous, comme l’homme providentiel. La grande peur se dissipe. Au désarroi et à l’angoisse succède comme un soulagement teinté d’une certaine lâcheté. « Dieu merci, pour nous la guerre est finie »...
Les hommes qui ne sont pas prisonniers et une bonne partie des réfugiés regagnent leur foyer. La vie reprend son cours, les ateliers et les bureaux s’ouvrent à nouveau.

Qu’importe si d’autres continuent le combat, si LONDRES est écrasée de bombes ; bien sûr l’armistice n’est pas encore la paix, mais celle-ci viendra bientôt. Rien ne peut résister à la WERMARCHT.

Dans quelques mois, avant l’hiver, pense-t-on, les prisonniers libérés reviendront. Le cauchemar sera terminé.

Cette illusion de guerre« bientôt finie » est telle, que dans les premières semaines qui suivent l’armistice, des milliers de prisonniers se laissent embarquer pour l’ALLEMAGNE, sans résistance, presque consentants.

En effet, nombre de prisonniers n’ont pas été capturés au moment des combats, mais dans la débandade, à l’arrière et loin des lignes de feu.
Les Allemands se sont contentés de les parquer provisoirement en attendant d’avoir le temps et les moyens de les transporter outre-Rhin.

C’est ainsi qu’à LYON des centaines de soldats capturés dans la région, loin de tout combat étaient rassemblés à la caserne de la PART-DIEU. J’ai vu un matin, une longue colonne de prisonniers qui se dirigeait sur la gare de PERRACHE, pour partir en ALLEMAGNE.
Il s’agissait donc, de traverser le centre de LYON, sur 3 ou 4 kilomètres, en partie le long des quais du RHÔNE et un jour de marché. Les prisonniers défilaient par groupes de 150 à 200, encadrés seulement de quelques gendarmes à l’avant et à l’arrière Les hommes bavardaient, échangeaient des plaisanteries avec les badauds, criaient « A bientôt ».
Quelques hommes résolus, bondissant hors des rangs, auraient pu se disperser en quelques minutes dans les rues transversales, entraînant peut-être l’éclatement de tout le groupe et échapper aux quelques coups de feu des soldats dépassés.

Cela ne s’est pas produit.

Les hommes partaient ce jour-là presque volontairement, dans l’illusion d’un proche retour. Peut-être certains d’entre eux, ont-ils tenté, deux ou trois ans plus tard, dans des conditions autrement difficiles et dramatiques de s’évader. Et combien ont dû regretter de ne pas avoir saisi l’occasion qui leur était donnée ce jour-là.

Voilà le tableau des premières semaines. Une FRANCE écrasée, éclatant en morceaux, s’attendant au pire, et grâce au prestige d’un vieillard, elle retrouve une partie d’elle même et reprend espoir. La FRANCE est alors effectivement pétainiste. Il ne semble guère qu’à l’échelle de ce pays abattu et démoralisé il ait pu y avoir d’autres scénarios possibles.
Le départ de quelques hommes politiques au MAROC, pour continuer le combat en abandonnant la population aux Allemands, est peu crédible. Il eut fallu pour cela des hommes d’envergure qui précisément lui avaient manqué depuis le début.
Un seul s’installa à LONDRES, mais il lui fallait d’abord se faire entendre et se faire reconnaître.

Dans cette période de quelques années, de 1939 à 1944, quand on parle d’un homme ou d’une situation, il faut se garder de jugements hâtifs, définitifs. Les Français ont dû faire une série de prises de consciences dramatiques, successives, à mesure que l’histoire tournait ses pages.

Il est bien évident que suivre PÉTAIN en juillet 1940 n’avait pas du tout la même signification qu’en juin 1941, en été 1942 ou en automne 1943....

Dans le deuxième semestre 1940 la FRANCE est pratiquement unanime derrière un maréchal qui semble alors sauver l’essentiel. On ne peut alors parler de résistance sur le sol métropolitain. L’appel du 18 juin est demeuré inconnu ou sans écho.
Les Partis sont muets, inexistants. Seules quelques individualités refusent l’armistice.
Quelques aristocrates (« on ne pactise pas avec l’ennemi »), Quelques Catholiques de gauche : à Lyon notamment, le journal« 7 -Temps Présent », qui publie quelques numéros avant d’entrer en clandestinité.
Les communistes, abasourdis par l’alliance germano-russe, sont abasourdis, perdus ....

À QUI LA FAUTE ?

  • « On nous a trompés » tel est le grand cri des français qui, faute de prévoir un avenir incertain, se retourne vers leur passé si proche.
  • « Comment en est-on arrivé là ? »
  • « Qu’est devenu la glorieuse armée française ? »
  • « Que valaient ses chefs ? »
  • « Qu’ont fait les hommes politiques dans les années qui ont précédé la guerre ? ».

Le temps est venu de chercher les coupables, et de trouver, bien sûr, des boucs émissaires. Conflit de générations : les jeunes accusent leurs parents, le monde des adultes, et je n’ai pas été tendre, pour ma part, à leur égard.

  • « Vous n’avez pas su voir venir... ».
  • « Vous n’avez pas eu le courage... ».

Il y a cinq ans HITLER était un tigre en carton. N’a-t-on pas révélé que dans les défilés militaires impressionnants qui se succédaient outre-Rhin, une partie des chars était des façades en bois, posées sur des châssis de camion.

L’indignation des adultes n’est pas moindre. Les anciens combattants de la guerre qui s’est achevée quelque 20 ans plus tôt ont le sentiment qu’on leur a volé leur victoire, gâché leur sacrifice.

Une parodie va s’engager, traduisant devant une cour de justice quelques parlementaires. Mais on essaie plutôt de détourner l’attention vers des boucs émissaires qui « ont sapé depuis des années les bases de la république ».
Une sorte de mythologie du désastre va apparaître dessinant les racines qu’il faudra désormais extirper.
« +La Il ploutocratie », mélange indéfini de milieux apatrides, liée à la haute finance, et qu’ont révélé quelques scandales récents telle l’affaire STAVISKY
« Les métèques », sortis on ne sait d’où, sinon des Brigades Rouges espagnoles ou d’autres réfugiés d’EUROPE centrale.
« La juiverie internationale », car si le juif n’est pas nommément désigné, ce sont les organisations juives, forcément anti-nationales et apatrides, qui détruisent les structures des nations.
Enfin, plus proche et plus explicite« la franc-maçonnerie » qui avait pénétré tous les mécanismes du pouvoir.

C’est en tout cas dans ce terreau que s’enracineront ultérieurement les axes d’une persécution de plus en plus systématique.

Les thèmes simplistes de la propagande officielle évitent aux Français de se regarder eux-mêmes.

Comme beaucoup de jeunes à cette époque, j’ai cruellement souffert de l’irréalisme et de la passivité de la population de notre pays. Passivité. Attente. Espérer que les choses vont s’arranger....

C’est ce qui a caractérisé nos dirigeants en 1938, tout aussi bien que les foules qui les acclamaient au retour de MUNICH.
Ce fut l’attitude de nos chefs militaires pendant les neufs mois de la « drôle de guerre ».
Ce fut l’attitude de ces moutons en uniforme sur les quais du RHÔNE, suivant passivement, docilement la première étape d’un itinéraire de quatre années de captivité.
C’est la leçon essentielle que j’ai tirée personnellement de cette période : le refus de demeurer passif dans une situation, ne pas remettre notre sort en d’autres mains, ne pas attendre.
Dans les moments difficiles, ne pas trop réfléchir, agir quand le moment est venu ou surgit, comme le cœur vous le dit.


Lire la suite La vie quotidienne à Saint Eloy par Michèle LAVÉDRINE

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