Contexte historique

vendredi 24 janvier 2014
par  webmestre1
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8. Contexte historique

8.1. généralités

La relation médecin patient est bien évidemment influencée par le contexte dans lequel elle se déroule, car la demande des patients résulte aussi de l’offre de soins. La relation est ainsi influencée par plusieurs éléments socioculturels, liés au système de soin, aux structures d’accueil, ou à la nature des pathologies.
Dans le système de soins français, le patient dispose d’un libre accès à tous les intervenants. Il peut théoriquement multiplier les avis pour un même problème et est assuré du remboursement de ses dépenses.
La culture ambiante favorise ainsi le recours en première intention aux avis spécialisés y compris dans leurs aspects les plus contestables. Le patient a le libre choix du médecin qu’il consulte, le paiement se fait à l’acte directement, suivi par un remboursement par la sécurité sociale.
Les pathologies graves et les accidents du travail sont pris en charge à 100ù. Ainsi, l’on constate que les malades les mieux remboursés vont avoir tendance à consulter plus facilement, sans que l’on sache si le paiement à l’acte influence le nombre et la durée des consultations, ou si les médecins eux-mêmes incitent les patients à consulter.
Les médias participent à la diffusion d’une information et d’une culture médicale qui influence les décisions de recours des patients. La part importante donnée au technologique et au spectaculaire est à la fois cause et conséquence d’une méconnaissance du champ d’activité et des fonctions de la médecine générale dans notre société. Certaines demandes d’examens complémentaires ou de traitement trouvent leur origine dans ce savoir transmis aux patients. Ces demandes sont l’occasion pour le médecin d’en comprendre le sens, la véritable demande, afin d’adapter et de reformuler l’information. La famille des patients intervient dans la relation de plusieurs manières, soit en accompagnant le patient en consultation, soit en téléphonant, en essayant d’influencer la décision ou en demandant de l’aide pour celui-ci. Le milieu professionnel impose des contraintes et oblige à moduler les décisions médicales, mais le secret médical doit protéger cette relation d’une éventuelle intrusion.

Enfin la nature et la durée des pathologies modulent également le lien médecin patient.

8.2. enseignement et histoire de la médecine

Dans notre faculté de médecine, l’enseignement des sciences humaines et sociales est riche : il recouvre des notions en histoire, philosophie et éthique, et initie les futurs praticiens aux problèmes d’actualité, abordant le système de soin, et les grands thèmes de santé : la bioéthique, la médecine humanitaire, la génétique, la toxicomanie, la douleur ou la mort.
Néanmoins, l’on peut regretter que cet enseignement, aussi important pour la pratique de la médecine, soit diffusé en premier cycle des études médicales, et validé sous forme de questionnaires à choix multiples.
Au Canada, les futurs omnipraticiens bénéficient de groupes de type BALINT, qui sont l’occasion au-delà de la clinique et de la thérapeutique, d’une réflexion personnelle sur leur propre relation avec les patients.
L’histoire de la médecine est parfois présentée d’un point de vue positiviste, comme une succession de découvertes réalisant le progrès, et aurait peut-être à gagner en s’inspirant de l’histoire non évènementielle fondée par Fernand BRAUDEL (Ecrits sur l’Histoire Editions Flammarion 1977) :
Pluridisciplinaire, et non récit scolastique, comparative introduisant l’économie, la statistique, la sociologie et l’anthropologie. Mémoire et transmission en sont les clés de voûte, elle est expérimentale et refuse toute détermination, elle prône la confrontation des sources avec l’histoire officielle. L’on peut également citer Jean-Charles SOURNIA avec son « Histoire de la médecine » (Editions de la découverte 1992) ou bien Marc FERRO qui en étudiant en occident grèves et congés maladie en arrive à la conclusion suivante : « la maladie, au XXe siècle est une nouvelle forme de refus social ». (in Penser le XXe siècle, Editions Complexe, Bruxelles 1990)
A sa manière Jacques ATTALI dans « l’Ordre Cannibale » 5Editions Grasset 1979) nous livre une histoire de la médecine avec ses mythes fondateurs et ses perspectives futures. Cet ouvrage reste d’actualité en ces temps de dépassement des limites, où dans certains pays la médecine, sur un modèle marchand est tentée de répondre à toutes les demandes, clonage humain reproductif inclus.

8.3. « du cannibalisme réel à la consommation marchande des corps » :

Parmi les étapes fondamentales de l’hominisation figurent d’une part la distinction entre morts et vivants et d’autre part la différenciation des sexes en catégories.
FREUD dans « Totem et tabou » décrit le repas sacrificiel du totem comme le ciment de l’unité des groupes humains : « le repas totémique, qui est peut-être la fête la plus ancienne de l’humanité, serait ainsi la commémoration de cet acte mémorable qui fut à l’origine de bien des choses de l’organisation sociale des réactions morales et de la religion. »
L’hypothèse d’une mémoire cannibale pré religieuse est alors posée.
Dans son ouvrage « L’Ordre cannibale » Jacques ATTALI décrit ainsi cinq opérations invariantes, cinq actes abstraits vécus dans le cannibalisme aussi bien que dans les rites funéraires et ses autres métaphores. Alors la consommation du cadavre permettrait-elle l’expulsion du Mal, la séparation de l’âme et du corps.
Le processus débute par une sélection des signes dont on pense que le Mal peut venir, puis il convient de surveiller ces signes, ensuite de dénoncer la cause du mal puis de négocier avec le désordre de ces signes, pour enfin séparer le Mal.
Le cannibalisme supposant la mort de l’autre comme moyen de sa propre survie, il menace le groupe de destruction et est vite remplacé par la loi, la négociation se faisant alors avec les dieux, vers un guérir sans meurtre dont l’objectif est toujours la séparation du Bien et du Mal, mais sans manger de cadavre.
P. CLASTRES décrit en 1972 le caractère thérapeutique du cannibalisme chez les indiens GUAYAKIS, qui mangent leurs propres morts pour que leur corps soit la sépulture de leurs compagnons et que l’âme des morts ne puisse revenir les rendre malades. (in Chronique des Indiens Guayaki, Paris Plon 1972).
Cette notion, on la retrouve une fois de plus par l’étymologie, celle du mot « croque-mort », qui signifie celui qui fait disparaître les défunts.

La première des métaphores du cannibalisme apparaissant dans l’Histoire est celle des Signes de dieux, où la maladie est la possession par les Malins, la guérison consiste en la séparation des Malins qui nécessite le sacrifice d’un bouc émissaire.
Le thérapeute y est le prêtre, celui qui donne le sens.
Au XIIe siècle épidémies et prolifération des pauvres rendent caduque cette vision du Bien et du Mal.
Viennent alors les Signes des corps, où la maladie est la pauvreté elle-même, et guérir signifie oublier les pauvres qui sont séparés. Cette séparation du reste de la société prend la forme de la charité dans ce nouveau référentiel symbolique, et qui s’exerce dans les « hôpitaux ».
Le sacrifice est alors synonyme de contenir, et policiers et administrateurs sont les thérapeutes de cette ère.
La croissance du nombre des pauvres liée à l’industrialisation fait peu à peu vaciller cette grille de lecture du monde, « l’ennemi à vaincre n’est plus le pauvre mais la pauvreté, ce n’est plus le malade mais la maladie ». Dans ces conditions, avec l’avènement des sociétés industrielles qui amplifie la paupérisation, viennent les Signes des machines. Le Mal est alors la panne de la machine humaine et le thérapeute de cette nouvelle époque est le médecin, médecin hygiéniste et pourvoyeur de traitement, celui qui vise à éliminer la pauvreté. La charité devient alors l’assurance.
Aujourd’hui, selon cette théorie, un nouveau bouleversement est déjà en train de s’accomplir, dans un nouveau rapport au Bien et au Mal, à la signification de l’existence achèvement de la traduction de la vie en marchandise « du guérisseur en copies du corps à consommer, de l’homme en objet, en objet-vie ».
Dans les signes des codes, le Mal est comportement pathogène, anormalité, étrangeté, guérir devient remplacer pour normaliser, et le nouvel avatar du cannibalisme devient le Mal à éliminer à consommer dans une thérapie par la prothèse, une consommation de copies du corps.

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