Carte blanche

jeudi 22 janvier 2015
par  webmestre1
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Je suis fier de toi. Comme j’suis fier de toi, tu peux pas savoir. On n’a pas raté, j’te promets que non ma grande. On a juste été pudique. Pudique comme deux fleurs dans un même vase qui ne se regardent pas et qui fanent. Mais nous non on ne fanera pas non. T’inquiètes pas. T’as vu la gueule de ta rose ? Tu peux pas faner toi, trop d’odeur, trop de beauté pour t’éteindre là. C’est dans longtemps, crois moi. J’te jure que d’ici là on retournera dans cette eau profonde et claire, je prendrai ta main, on fera la planche et on n’décidera pas de là où on va non, on attendra juste, ensemble, que le courant nous chante ses dissonances, qu’il choisisse la note sur laquelle il veut qu’on…la note sur laquelle il veut qu’on lâche. Juste lâcher, oublier pourquoi ton cœur me fait si peur. On fuira nos vies ma grande, on fuira les Smith, les Martins et les chiens qui font trop de bruit, juste la tête dans l’eau, le visage à demi-nu et la lune pleine éclairant le galbe d’un corps perdu entre mes bras fort. Sans tous ces gens, sans tout ce vent qui trace en nous snobant et ces secondes qui battent la mesure d’une fanfare qui va trop vite pour mes grandes cannes fatiguées de te suivre, dansons doucement, à contre temps, étirons les secondes, je veux inventer mon propre temps moi, que les secondes fassent tic et que le prochain tac soit dans un autre monde, un monde où les cons réussissent leurs mouvements de jambes sur cette fanfare humiliante. Vivre une seule seconde longue, une seconde qui pleure de ne pas voir son second pote tac arriver, jamais à la ramasse ce con hein ? Toujours là, aucune faille, en rythme tic tac/ tic tac/ ti tac, abolition de la file indienne les gars, juste un tic long slow et seul, pas toujours envie d’être tout seul, seul moi. Pas envie d’être une seule rose dans ce pauvre pot trop grand pour moi, pas envie de finir la tête en bas pour sécher mon corps tout entier, pas envie d’être regardé seul, si vous voulez me sécher, séchez-nous ensemble. Je te ferai rire ma grande, on sortira du pot, on fera péter nos roses et je te dirai je t’aime un peu beaucoup passionnément, à la folie, et tu me tireras la tige pour me gronder de ce cliché que j’ai usé pour toucher cette petite fleur, cette petite fleur que le croyant a noyé pour ne pas être tenté. Allez ma grande, continue juste de battre. De s’éteindre il ne s’autorisera pas non, trop de fanfares à rythmées, de baisers à voler, de regards à esquiver, de rire à esquisser, d’exquis mouvements de hanches qui se perdent sous un ciel noir pleurant à chaudes larmes. Allez ma grande, allez.
Nous jamais de larmes hein ? Fort nous. Terrain sec et vague sur lequel on va construire notre propre histoire. Enlever toute cette ferraille, ces carcasses mortes sans mémoire, et m’installer comme un roc au milieu, je serai la première pierre que tu caresseras, que tu poliras. Je veux juste te voir vivre encore un peu de temps avec moi à caresser ton homme à n’en plus pouvoir, tu te sentiras femme et je me sentirai grand, tes mains épousant soigneusement le poil dru de mon animal mort, une poupée que tu tiens dans tes mains et que tu ne partages pas, pour rien au monde ce petit jouet sera le sien ou le sien.
Allez bordel, allez ! On lâche rien, on a promis putain. Juste un rythme plus rapide allez, t’as pas le droit on avait dit, allez plus rapide ! Juste un peu plus rapide !! BamBam/BamBam/BamBam/Bambam. Allez ma chérie, viens voyager avec moi, allez viens.
Sur la plage un jour, je t’ai vu, tu avais l’air puissante comme la vague de mon enfance que j’ai épousé avec mon corps, je pensais qu’elle allait dire le « oui » officiel, cette institution du oui que tout le monde attend, famille et belle famille, « oui je le veux ». Ma première demande en mariage, avec une vague, à 7 ans, je savais dès lors la puissance de l’amour, le sable que j’allais devoir avaler pour avoir le droit d’aimer, je savais dès lors comment il fallait se rhabiller après avoir été humilié, je savais dès lors à quoi ressemblait le regard de mon père regardant son propre fils dénudé, sans son petit maillot de bain perdu sur le rivage, je savais dès lors à quoi allait ressembler le regard de ma mère me portant sur sa poitrine pour me consoler d’avoir été rabaissé, t’étais belle maman, merci. Je savais dès lors pourquoi on voulait revenir en mer se faire gifler, conneries, pourquoi parfois on passait sous la vague pour se protéger de tous ces grands rêves, de cette glisse qu’on appelle l’amour. Je savais dès lors que j’allais passer un bout de temps dans cet océan pour attendre ma vague à moi, celle que j’accompagnerai jusqu’au bord du rivage, celle qui sera fière de me voir à côté d’elle, celle qui me fera shiiiiiiii shiiiiiiiiiiiiiiii, shaaaaaaaaaaaaa je l’ai trouvé, je t’ai trouvé ,on est loin du rivage, continuons à nager, à pisser dans cet océan de lumière, ne jamais arriver sur le sable pour y écrire des « je t’aime mon petit poussin jaune » qui seront effacés par la vague de derrière, mon « je t’aime mon petit poussin jaune » à moi il est la dans l’air ma grande, omniprésent depuis que je t’ai vu au loin cherchant ton petit baigneur, le petit baigneur que tu a fracassé, tu es belle putain, discrète mais belle. Encore loin du rivage grande délurée, encore loin, continue d’être grande et belle, de me faire oublier que je n’aurai jamais pieds ici, que je n’aurai jamais pieds dans cet océan où toi tu es Reine et moi las de ne pas être fou.
J’ai envie de me battre pour toi, d’être ton chevalier drapé de blanc comme cette peau qui fait grincer mon regard, cette peau qu’on pourrait confondre avec ce nuage gêné d’être au dessus de tout, ce nuage s’excusant des formes qu’il emprunte en fonction du vent, de ce vent beaucoup trop froid pour toi. Abrites toi sous mon aile ma grande, elle t’appartient, elle est à toi, il fait si froid dehors viens avec moi, on fera la pluie, le beau temps, on fera du chaud pour nos ébats et du froid pour nos éclats. On fera notre monde à nous. Viens ma grande, laisse-les avachis sur leur propre ombre, la camisole de force pour chacune d’entre elle, nous les nôtres, messieurs dames, elles dansent la valse et s’entre baisent pendant qu’on bataille ! Continue de battre mon joli cœur, continue de battre. N’oublies pas ce terrain vague, nous serons seuls bientôt, comme dans cet océan où tu t’excusais d’être glaciale avec moi, nous serons seuls comme cette première fois à ne pas savoir pourquoi j’avais les yeux trempés de te voir. On fera comme cette première fois, on oubliera les règles, on construira les nôtres, on habitera dans un château que je construirai avec mes deux bras, tu me regarderas, fière de ton homme à toi et moi fier de ma petite femme. De ma toute petite femme qui continue de battre. Ne les écoutes pas tous ces cons, on va se sortir de ce trou à rat, je te le promets. J’te le promets putain. On gambadera dans ce jardin que je créerai pour toi, on s’allongera dans l’herbe et on regardera les trainées des avions sur ce fond bleu, on imaginera la vie de chacun dans cette ferraille au dessus de nous. Tu feras de grands gestes au pilote en imaginant être sur une île déserte. Puis on se serrera l’un contre l’autre pour devenir plus fort et je prierai en cachette pour qu’il te ramène sur cette terre, sur ce terrain sec et vague, bien en-dessous des nuages, bien à l’écart de cette grande vague. Qu’il te ramène loin de tout ça. Qu’il te ramène dans ce mensonge où tu faisais semblant d’être malade pour louper le cours de madame Blanchet. Qu’il te ramène à ton huitième anniversaire où pour la première fois on s’est regardé. Qu’il te ramène derrière ce petit muret pour notre tout premier baiser. Qu’il te ramène sur cette balançoire où j’te poussais pour que tu ailles haut dans le ciel. Qu’il te ramène loin de tout ça. Qu’il te ramène à ta cinquième année où tu fais gaga gaga pour appeler ton chien. Qu’il te ramène à ton tout premier souvenir, qu’il te ramène loin de tout ça putain. Qu’il te ramène à tes premières couches culottes, qu’il te ramène loin de tout ça. Qu’il te ramène à ton premier papa sorti de cette bouche. Qu’il te ramène téter les seins de ta mère, tu étais belle. Qu’il te ramène loin de tout ça. Qu’il te ramène à ton tout premier souffle, pardonnes moi mon amour. Qu’il te ramène dans l’utérus de ta mère, qu’il te ramène loin de tout ça. Qu’il te ramène à ce putain de spermatozoïde qui t’a donné la vie, tu nous a fait souffrir, pardonnes moi mon amour. Qu’il te ramène loin de tout ça. Qu’il te ramène dans la capote de ton père pour que jamais tu existes, pour que jamais tu viennes, pour que jamais tu vives, pour que jamais tu crèves, pardonne moi mon amour, qu’il te ramène loin de tout ça. Pardonne moi mon amour, pardonne moi mon amour.



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