La linguistique

vendredi 24 janvier 2014
par  webmestre1
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4. La linguistique

4.1. les marqueurs de l’interrogation

Les marqueurs de l’interrogation en linguistique vont nous permettre de démontrer les mécanismes intimes possibles de la demande par le langage, lequel fonde la subjectivité, la personne, le sujet lui-même.
Les marqueurs de l’interrogation sont grammaticaux mais aussi fondés sur la ponctuation. A noter qu’en latin, il n’existe pas de telles marques de ponctuation, pas de point d’interrogation. L’interrogation, la demande n’y sont alors marqués que par la seule trace grammaticale.
Il existe deux types d’interrogatives : les bi-polaires, qui n’offrent qu’une alternative –oui/non- aussi appelées questions fermées, et les questions ouvertes, introduites par un pronom interrogatif.
Quant à la fonction, au processus de demande, l’énonciateur a besoin d’information, de remplir un blanc, de combler un manque de connaissance. L’interrogative est donc ancrée dans le discours et a une forte valeur modale.
En linguistique, la relation prédicative (source, relateur, but) n’est pas posée en soi, mais sujette à une immédiate (in)validation dans la réponse du co-énonciateur.
Ainsi les énoncés assertifs peuvent avoir valeur d’interrogatives : par exemple avec le verbe « je me demande (si)... » qui est ouvert sur deux valeurs possibles. « J’espère que tu... (+pas) ? » oriente lui vers une seule valeur, et va très au-delà de la simple demande pouvant se rapprocher du reproche ou de l’interdiction (modalité déontique).
En revanche « ce que je veux savoir c’est... » implique une focalisation explicite et exclusive, ainsi que les verbes de processus mental : se demander, savoir, penser, etc... qui sont les verbe putatifs/cognitifs. Les questions ouvertes, souvent construites sur un manque d’information plus une pré construction, questionnent sur la valeur plutôt que l’existence même de la notion.
L’on retrouve aussi un lien fort entre interrogatif, hypothèses (« imagines que tu sois parti ? », « Et si tu étais parti ? » modal virtuel non actualisé) et impératif. Viennent ensuite les assertions cachées, avec les demandes de confirmation telles que « n’est-ce pas ? » ou « non ? », ou bien encore les exclamations déguisées dont l’intonation descendante au lieu de montante est alors le marqueur : « il a vraiment fait ça ? ». Ainsi la proximité entre l’exclamative et l’interrogative est grande, intonation et accentuation des mots sont primordiales pour une cohérence grammaticale.
C’est en effet ce qui détermine notre choix pour l’une ou l’autre interprétation. Enfin, les effets pragmatiques viennent compliquer le tout, ainsi il est fait pression, qui sait quoi dans l’échange de langage ? C’est à celui qui contrôlera le dialogue et ses assertions, qui prendra au final la situation en charge. Les jeux illocutoires sont chargés et biaisés.

4.2. de la subjectivité du langage

L’homme dans la langue voici bien le propos de Benveniste lorsqu’en 1958 il publie dans le Journal de Psychologie son essai : De la subjectivité du langage.
A quoi donc le langage doit-il sa propriété d’instrument de communication ?
Le langage est il ainsi employé parce que les hommes n’ont pas trouvé de meilleur moyen pour communiquer ? Cela revient à constater ce qu’on voudrait comprendre !
On pourrait alors penser que le langage présente telle quelle cette idée sous un aspect plus technique, on ajouterait que le comportement du langage admet une description behavioriste, en terme de stimulus et de réponse, d’où la conclusion au caractère médiat et instrumental du langage. Mais ne confond-on pas ici langage et discours ?
Si le discours est le langage mis en action, nécessairement entre partenaires, il apparaît que la nature de cet instrument est expliquée par sa situation comme instrument. D’une part le rôle de transmission du langage peut être dévolu à des moyens non verbaux (gestes, mimiques...), d’autre part nous nous laissons abuser en parlant d’instrument par certains procès de transmission qui sont dans les sociétés humaines postérieures au langage et en limitent le fonctionnement.
Parler d’instrument, c’est mettre en opposition l’homme et la nature. Le langage est dans la nature de l’homme, qui ne l’a pas fabriqué. Nous n’atteignons ainsi jamais l’homme séparé du langage et nous ne le voyons jamais l’inventer. C’est un homme parlant que nous trouvons dans le monde, parlant à un autre homme, et le langage enseigne la définition même de l’homme.
Dans la pratique quotidienne, le va-et-vient de la parole suggère un échange, donc une chose que nous échangerions, elle semble assumer une fonction instrumentale, véhiculaire que nous assimilons trop rapidement à un objet. Qu’est-ce qui prédispose donc la parole à assurer cette fonction ?
Pour que la parole assure la communication, il faut qu’elle y soit habilitée par le langage, dont elle n’est justement que l’actualisation. C’est dans le langage que nous devons chercher la condition de cette aptitude.
C’est dans et par le langage que l’homme se constitue comme sujet ; parce que le langage seul fonde dans sa réalité, qui est celle de l’être, le concept d’ »ego ». La subjectivité est ainsi la capacité du locuteur à se poser comme sujet. Est « ego » qui dit « ego », se trouve la le fondement de la « subjectivité », qui se détermine par le statut linguistique de la « personne ».
Le contraste est la condition nécessaire de la conscience de soi. Ainsi l’emploi du je, ne se fait qu’en s’adressant à quelqu’un qui sera tu. La condition de dialogue est constitutive de la personne, elle implique la réciprocité : je deviens tu dans l’allocution de celui qui se désigne à son tour par je. Alors unique est la condition de l’homme dans le langage.
Le langage est marqué par l’expression de la subjectivité, les termes de je et tu ne sont pas des figures, mais des formes linguistiques indiquant la personne. Ainsi parmi les signes d’une langue, jamais ne manquent les pronoms personnels. Une langue sans expression de la personne ne se conçoit pas. Si dans les sociétés d’Extrême-Orient une convention de politesse impose des périphrases, pour remplacer les références personnelles directes, ces usages ne font que souligner la valeur des formes évitées.
L’existence implicite de ces pronoms donne leur valeur sociale et culturelle aux substituts imposés par les relations de classe.
Il n’y a ainsi pas de concept de « je » englobant tous les « je ». Les pronoms personnels échappent au statut de tous les autres signes du langage, « je » se réfère à l’acte exclusif du discours individuel où il est prononcé, et il désigne le locuteur. Le fondement de la subjectivité est donc bien dans l’exercice de la langue.
Le langage ainsi approprié, permet à chaque locuteur d’organiser la langue entière en se désignant comme « je ».
Par et dan le langage, l’homme peut devenir sujet de lui-même, et par extension sujet de sa propre demande. La réciprocité qui vaut pour le « je » et le « tu », s’applique aussi au « demandeur » qui sera un jour « demandé ».

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